RENCONTRE AVEC MOHED ALTRAD !

Président du groupe éponyme, Mohed Altrad vient du désert syrien. Né dans une tribu nomade, il devient orphelin très tôt. Bédouin, il n’a pas accès à l’école. Il apprend pourtant à lire seul et parvient à faire de grandes études, d’abord à Raqqa, puis ensuite en France où il obtient plusieurs diplômes, jusqu’au doctorat en informatique. Il débute sa carrière professionnelle en tant qu’ingénieur, chez Alcatel puis Thomson, et il travaille ensuite pour ADNOC, la compagnie pétrolière nationale des Émirats Arabes Unis. « Serial entrepreneur », il revient en France et fonde tout d’abord une entreprise d’informatique. Peu après, en 1985, dans l’Hérault, il rachète Mefran, une PME spécialisée dans les échafaudages. C’est le point de départ du groupe Altrad.

MOHED ALTRAD - CREDIT PHOTO Mohedlatrad.fr

Entrepreneur, chef d’entreprise reconnu et respecté, président du club de rugby de Montpellier (l’une des équipes phares du Top 14), Mohed Altrad est également romancier, essayiste, philosophe, humaniste convaincu et père de cinq enfants. Pour lui, « un entrepreneur ne bâtit jamais seul. Une entreprise est toujours le fruit conjugué de celles et ceux qui y participent, qui s’engagent personnellement dans un projet […] Et la dimension humaine est essentielle ; il nous faut la respecter et la valoriser […] car c’est l’aventure collective qui vaut la peine d’être vécu ».


Mohed Altrad s’est vu remettre les insignes d’Officier de la Légion d’honneur en 2014. Il se voit également décerner le Prix Mondial de l’Entrepreneur de l’Année en 2015. Il est le premier Français à l’avoir reçu.


Rencontre


1) Monsieur Altrad, vous êtes à la tête d'un véritable empire. Auriez vous des conseils à donner pour réussir ? 


Je n’ai qu’un conseil pour réussir : le vouloir ! La volonté permet d’abattre tous les murs, de surmonter tous les obstacles. Surtout, elle vous permet d’aller au-delà de vous-même. Moi, j’étais programmé pour rester un petit berger dans le désert syrien. Tout avait mal commencé dans ma vie. Pour autant, je ne suis pas un self made man car je ne me suis pas fait seul : j’ai toujours été accompagné par ma volonté qui est un personnage en soi dans ma vie, presque indépendant de moi, comme un ami proche qui vous accompagne au moment de prendre des décisions. Et puis, cela semble loin du monde des affaires, mais il y a aussi dans mon parcours un sentiment qui donne un cadre, une puissance : c’est l’amour. Je l’ai raconté dans La Promesse d’Annah, livre où je raconte l’histoire d’un couple qui se réincarne au fil des siècles, depuis les plateaux de Judée en 1400 av J-C jusqu'à un checkpoint isolé de Cisjordanie. Il est juif, elle est musulmane, ou inversement, et leur foi respective, leur conception même du sentiment amoureux constituent des empêchements permanents à leur union. Y a-t-il à l'origine de ces obstacles un dessein du Très-Haut, résolu à ce que les deux existences restent à jamais séparées ? Ou est-ce plutôt que la promesse et le renoncement sont deux constituantes immuables de l'amour, cet amour qui perdure, porté par une promesse initiale, et qui fait finalement avancer l’histoire.


Vous le voyez, on est loin du monde des affaires, mais je crois que l’histoire de chaque individu se nourrit de sentiments issus du parcours de chacun. C’est dans ces sentiment que l’on puise pour avancer, pour construire et quand ils constituent un socle sans défaut, ces sentiments peuvent vous projeter très loin.



2) Avez-vous une routine matinale ? 


Depuis toujours, je me lève très tôt. Je pense à la journée qui commence, je prends du temps, je me hâte lentement et je laisse peu à peu les idées me submerger : je sais où je vais en général, mais je programme peu. Mon chemin, c’est le but. C’est une façon de laisser libre cours à une forme d’improvisation, une improvisation très encadrée certes mais une improvisation qui laisse de la liberté. J’aime ce sentiment de liberté matinal.


3) Vous qui venez du désert Syrien, ou l'accès à l'école n'était pas possible dans votre cas. Pensez-vous qu'il faille d'abord réussir à l'école pour ensuite réussir dans la vie ? 


J’aime à répéter que je suis né une seconde fois à Montpellier. Avant d’y venir, je n’avais connu que le désert, les villes rudes de Raqqa et Deir ez-Zor, les plateaux battus par les vents de la Djézireh, cette zone perdue aux confins de la Syrie devenue tristement célèbres ces dernières années. Lorsque j’ai débarqué en France, je ne maitrisais aucun code, aucune tradition, aucune façon de faire. J’étais un jeune homme, lâché au milieu de la foule, isolé, sans appui.


Mais, j’avais une force, c’était le désir de connaissance, ce désir qui m’a animé étant petit, quand je me suis accroché pour pouvoir faire des études. Alors, j’ai travaillé, j’ai étudié, j’ai donné le meilleur de ce que je pouvais pour réussir mon parcours dans le supérieur. J’ai fini avec un doctorat d’informatique.


Plus tard, je suis parti à Abu Dhabi puis chez Matra. Je n’ai jamais oublié ce désir de connaissance qui n’est autre que la volonté de savoir plus pour faire plus, pour se dépasser : on devient plus que soi-même grâce au savoir.

L’école, c’est le lieu du savoir. Moi qui me suis battu pour pouvoir faire des études, je ne dirai jamais assez « étudiez, étudiez », n’ayez pas peur du savoir, laissez-le vous emporter loin des rivages qui vous sont connus : ce transport vous grandira.



4) Une vie d'entrepreneur, c'est "les montagnes russes" des hauts, des bas, des joies, des larmes... comment avez-vous réussis à garder le cap dans vos objectifs ? 


Mon objectif a toujours été simple : grandir. Mais pas n’importe comment et pas à n’importe quel prix : en respectant un principe fondamental qui assure la sécurité à tout projet entrepreneurial. Maintenir une rentabilité élevée. La marge, c’est la sécurité. Et la sécurité, c’est la croissance potentielle. Je n’ai jamais dévié de cette stratégie : la croissance rentable. C’est ce qui m’a permis de passer les cycles, les tempêtes, les orages.

Pour y arriver, j’ai toujours pris soin de ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier comme on dit : avoir plusieurs types d’activités, être corrélé à plusieurs cycles économiques, ne pas dépendre du cycle de la construction par exemple m’ont beaucoup aidé à passer les crises. Aujourd’hui, j’applique toujours les mêmes recettes :


5) Qu'est ce qui vous a le plus marquée dans votre carrière ? 


Le rachat de ma première entreprise. Ou peut-être la création de la première dans l’informatique. A moins que cela ne soit le sauvetage du Montpellier Herault Rugby club : le club allait faire faillite, on m’a appelé pour le sauver, j’ai répondu présent et une très belle aventure a commencé.


6) Vos nouveaux projets ? 


En la matière, il faut toujours être discret. Nous traversons une crise majeure, très difficile, très transformante aussi. Beaucoup de grands groupes souffrent, d’autres vont s’en sortir par le haut. On verra de quoi l’avenir est fait…


7) Etre un "Bon patron" c'est quoi selon vous ? 


C’est très simple : c’est faire grandir ses collaborateurs, c’est leur permettre de donner plus d’eux-mêmes que ce qu’ils croyaient possibles. C’est un effort pour les valoriser et leur donner de l’ambition. C’est l’effort que j’ai fait pour moi-même. Cet effort, je leur transmets en héritage.


8) Vous mettez régulièrement en avant votre équipe de votre entreprise, savoir s'entourer c'est la clef ? 


Une entreprise, c’est un collectif. Au rugby, dans l’entreprise, c’est la même dynamique : soit vous savez motiver vos collaborateurs, les faire travailler ensemble et faire en sorte que 1+1=3, soit vous organisez des guerres internes, les énergies se perdent, les décisions tardent et l’on fait des erreurs. Mais, travailler en groupe, en équipe, n’empêche pas de prendre des décisions et de savoir trancher.


9) Ce magazine étant destiné aux femmes et aux hommes désirant de s'inspirer des plus belles réussites françaises... auriez vous un message à leur adresser ? 

N’ayez pas peur d’aller au-delà du possible. Commet disait Shakespeare, « nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves. Et notre petite vie est entourée de sommeil. »


La rédaction souhaite içi Monsieur ALTRAD pour son temps et ses réponses à nos questions.

Source : lemagdesterritoires.com mohedaltrad.fr

Crédits photos : Site Mohed Altrad


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