Rencontre avec Lilla Merabet VP de la Région Grand Est


Lilla Merabet Vice-Présidente Région Grand Est

Vous êtes VP de la Région, en charge du numérique. Que recouvre concrètement votre délégation ?


Le numérique s’entend de manière ouverte entre une approche sur les infrastructures, celle des usages, celle des talents et bien évidemment celle de l’éthique

Avec mes collègues, sous l’impulsion du Président Philippe Richert et désormais de Jean Rottner, nous œuvrons quotidiennement sur le plan des infrastructures afin de finaliser l’installation de la fibre et du très haut débit sur l’ensemble des communes du Grand Est. La Région a ainsi ouvert le champ des possibles pour le développement des usages et des opportunités offertes par le numérique

Désormais, nous engageons une stratégie plus ciblée de l’innovation, de l’intelligence artificielle et de l’économie numérique au service de la compétitivité

Dans ces domaines, quelles seront vos priorités pour cette année 2020 ?


Depuis la présentation du plan Intelligence Artificielle en juin 2019, notre rythme de travail s’est considérablement accéléré. Il s’agit en réalité d’une course contre le monde que l’ensemble du continent a engagé et pour laquelle nous avons, en tant que décideurs publics, un impérieux devoir de réussite. Avec le déploiement de ce plan sur l’ensemble du territoire régional, le Grand Est ouvre véritablement l’acte 2 de son offensive numérique. Ainsi, 2020 verra notamment l’activation de parcours IA adaptés aux problématiques des entreprises (start-ups, PME, ETI). Nous allons également lancer l’institut AI4 Grand Est qui doit œuvrer au service du tissu économique de la Région et de sa transformation. Cet institut aura aussi pour mission de fédérer la communauté IA régionale. Enfin, la coopération qui sinue le long de nos frontières se concrétise en une vallée européenne de l’IA, de Dunkerque à Bâle. Elle devrait ouvrir une infinité de possibles en termes de réalisations.

Le plan IA constitue seulement la première brique d’un plan Numérique, plus large, en cours de finalisation. Ce schéma sera orienté autour des technologies de rupture (cybersécurité, blockchain, cloud, IOT…), de sorte que les entrepreneurs gagneront chez nous, plus qu’ailleurs, les gaps de compétitivité qu’ils attendent.

Nous agissons autant sur l’existant que sur l’émergent. La Région est particulièrement mobilisée auprès de ses start-ups que ce soit via son réseau d’incubateurs d’excellence, le lancement de la deuxième promotion de start-ups accompagnées par notre accélérateur régional, Scal’E-nov, la mise en place de Grand Testeur pour expérimenter les solutions innovantes développées sur les territoires… En 2020, plus que jamais, nous serons sur tous les fronts de la révolution numérique !

Plus spécifiquement, concernant le Numérique, quel est le projet phare du mandat ?


Le Grand Est a été un territoire pilote en matière de Très Haut Débit. Le déploiement de la fibre sur 100 % du territoire, pour plus de deux milliards d’euros d’investissements, reste sans conteste l’une des réalisations les plus structurantes du mandat. Néanmoins, la fibre pour la fibre n’a qu’un intérêt limité si elle ne s’insère pas dans un ensemble d’initiatives cohérentes pensées en système. Le lycée 4.0 remplace les manuels par des ressources numériques et équipe l’ensemble des lycéens en ordinateurs ou tablettes, les programmes orientés entreprises tels que le plan Industrie du Futur, Artisanat de Demain ou Ferme du Futur accompagnent la digitalisation de nos écosystèmes industriels, artisanaux et agricoles, l’AMI économie numérique facilite l’accès aux marchés des offreurs de solutions, notre accompagnement sur-mesure des start-ups porte l’innovation... C’est l’ensemble de ces solutions, mises en synergies, qui contribuent à faire du Grand Est une Smart Région.

THD, territoires French Tech, Fab Lab, incubateurs ou encore Institut spécialisé dans l’IA et même présence au CES Las Vegas, la Région Grand Est est une région dynamique autour du numérique. Qu’est-ce qui explique cette activité ?


L’évidence numérique s’est imposée à nos sociétés. Et, si elle n’épargne aucun aspect de notre quotidien, elle impacte également tous les secteurs de l’économie, de la plus petite entreprise en passant par l’exploitation agricole ou l’artisan. La Région joue pleinement son rôle quand elle accompagne ses entreprises dans leur transformation digitale ou lorsqu’elle participe à la croissance de celles qui s’y épanouissent déjà. Notre collectivité crée aujourd’hui toutes les conditions pour que le Grand Est devienne demain un territoire de référence dans le corridor de la tech européenne. C’est cette ambition qui nous pousse à monter encore d’un cran sur le 4.0, notamment en matière d’Industrie du Futur. Cette dynamique a déjà permis, depuis son lancement fin 2016, d’engager plus de 400 entreprises industrielles dans une démarche de transformation et de créer une véritable effervescence autour de l’industrie 4.0. Ce chiffre devrait être porté à 1000 d’ici à la fin de mandat.

Il s’agit aussi de développer un numérique de confiance, éthique et inclusif. La Région doit favoriser la transformation de la société en bousculant les vieux modèles. La place des femmes dans le numérique, leur valorisation, constitue à ce titre l’un des enjeux du mandat. Nous avons déjà mené plusieurs actions en sens : création d’un MOOC de sensibilisation à l’IA, l’appel à manifestation d’intérêt « numérique au quotidien » ou encore lorsque des groupes de collégiennes et lycéennes ont pu visiter les grandes entreprises du territoire ou le salon BE 4.0 Industries du Futur.

Ce magazine étant 100 % consacré aux initiatives de la RGE, quel message souhaitez-vous porter auprès des citoyens de notre région ?


Il y a autour de la transformation numérique un malentendu tenace. Elle suscite encore beaucoup d’appréhension, et ce malaise est nourri par des discours anxiogènes encore largement relayés aujourd’hui. Pourtant, c’est tout l’inverse. Cette révolution industrielle et sociétale est une chance inédite. Elle nous offre l’opportunité d’avancer plus vite et plus loin que nous n’aurions jamais pu l’espérer. En moins de vingt ans la puissance de nos machines a explosé et des opérations qui auraient pris plusieurs semaines à être résolues le sont aujourd’hui en quelques millièmes de secondes.

Les interrogations sont légitimes, mais il faut les confronter à l’épreuve des faits :

- le numérique c’est un secteur en pleine croissance (+ 4,2 % en 2019) et un catalyseur du reste de l’économie : plus de 450 000 emplois numériques ont été créés en France en 2018.


- La technologie maîtrisée va permettre de soulager un certain nombre de travaux pénibles pour créer d’autres emplois.


- Les experts s’accordent à dire que plus de 50 % des métiers de demain n’existent pas encore.


Le numérique et les technologies qui en découlent dessinent un monde ouvert, qui se réinvente en permanence. Chaque citoyen y prend part à sa manière et porte en lui les ferments du rayonnement et de la réussite de son territoire.