Quels scénarios du futur pour l'année 2021

PAR LUDOVIC BROQUART

Ludovic Broquart, planneur stratégique,

est chroniqueur sur webcom.tv. Fondateur de nuancescommunication.com, il assure

du conseil et de la conception-rédaction.


Les futurs-probables se comptent par dizaines de milliers et de notre aptitude à les rendre ou non possibles dépend notre avenir. Du « plus sage » ou « plus fantaisiste », du « plus vraisemblable » au « plus science-fictionnel », tous ont leur part d’intérêt, d’attractivité. C'est bien connu l'homme aime rêver son futur quel qu'il soit mais, qu’en retenir ?


Requestionnons

notre niveau de certitudes


Écologies et technologies sont omniprésentes et transcendent toutes les réflexions. Quelle que soit la vision ou la thématique abordée, on s’y raccroche sans les opposer mais plutôt les combiner.


Nous sommes dans un véritable mouvement de transformations, un mouvement de fond, profond. L’impact d’une décision ou d’une mise en application peut avoir des centaines d’incidences ici ou là, la distance entre des domaines de compétences jusqu’alors très éloignés s’efface.


Résolument optimiste ou sombrement pessimiste, nous avons besoin de ces scénarios de futurs probables puisque comme l'indique Bernard Weber sur son site Internet larbredespossibles.com : « Il est nécessaire de se projeter dans l'avenir, ne serait-ce que pour ouvrir des perspectives. »


En matière de perspectives justement, qu'elles soient liées à la santé, l'environnement, l’énergie, la mobilité, l'enseignement, l'économie, la technologie, la Société… Toutes ont en commun, tel un dernier recours en quelque sorte d'être rendues accessibles, ou non, par la décision humaine.


L’impact de la décision humaine


De manière à ce que notre futur soit bien « un futur qui nous veut du bien » et même si celui-ci flirte parfois avec l'utopie, charge à nous de rendre cette utopie réalisable. C'est ce que nous enseignent Amy Weeb (futurologue), mais aussi Philippe Starck (designer) ou Edgard Morin (sociologue et philosophe).


Parmi les scénarios les plus vraisemblables, ceux bâtis autour du bio-mimétisme, déjà très présent en architecture, de l’agro-écologie.


En matière de technologies, Amy Weeb prévoit la mort de la vie privée et nous savons tous combien ce futur est proche. De même que, pour elle, après le SEO, nous assisterons à l'émergence et très vite l'avènement de la Voice Search Optimization (Référencement par la voix ).


Notre vie ne sera plus définie par la propriété mais plutôt le partage de biens matériels et de la connaissance. Le transfert, la transmission de connaissances sont aujourd'hui une question primordiale pour les organisations.


Elles doivent apporter une réponse aux enjeux de préservation et de partage de la connaissance interne, celle qui n'est pas enregistrée dans les mémoires informatiques et « appartient » à ses salariés.


Un peu plus loin dans le temps, on annonce l'arrivée du cerveau-net, après l’Internet, un Réseau dans lequel pensées, émotions, sentiments et souvenirs seront diffusés instantanément à l'autre bout du monde.


Ainsi, imagine-t-on que les films pourront transmettre des émotions - et pas seulement par les images censées les provoquer ! Quelques inquiétudes pointent sans doute et pourtant, parce que tout est toujours question de nuances, d’éthique et d’usage, il y aurait une vertu positive à cette « injonction émotionnelle » : la possibilité de ressentir la souffrance d'autrui et donc à terme, à petite voire grande échelle, la possibilité de contribuer à l’apaisement en cas de conflits.


Sensibilité(s)


Amy Weeb nous invite à requestionner notre niveau de certitude face à l'avenir, aux futurs probables à l’aide d’une image que nous connaissons tous : la conduite sur route verglacée. Dans cette circonstance, une machine rassemblerait toutes les informations à sa disposition et les traiteraient en quelques millièmes de secondes pour sortir de la zone de difficulté sans encombre.


En pareille circonstance l'être humain, qui n'est pas (encore) une machine, fait appel à sa sensibilité, souvent il accompagne le mouvement jusqu'à retrouver un terrain plus sûr, plus serein. Il s'adapte en permanence durant ce bref instant qui lui semble une éternité.


En matière de « futurs probables » nous devons agir avec la même sensibilité, la même agilité, pas à pas. Le premier pas, Philippe Strack nous invite à le faire de façon méthodique. En réduisant de 10% chacun de ses impacts, l'être humain et le collectif dont il est membre participent à engager l'humanité sur le chemin d'une décroissance positive. On ne bannit rien mais on fait un usage plus raisonné de tout… Une manière raisonnable sans doute, d’atteindre l’équilibre indispensable entre écologie et technologie évoqué précédemment.


En guise de conclusion, une autre expression d’une forme de sagesse à travers ces quelques mots empruntés à Edgard Morin : « la prévision et l’écriture de futurs-probables n’est autre que le bouillonnement d'idées à la recherche d'une voie nouvelle ou d'une meilleure Société ; mais qu’une seule chose est certaine : nous allons vers de nouvelles incertitudes. »



Être et savoir...


... observer, dupliquer, se laisser inspirer. La pandémie est ses innombrables incidences viennent rappeler, conforter (s’il le fallait) le rôle prédominant des pouvoirs publics et des collectivités en particulier, dans la préservation d’une forme de stabilité, de continuité de service.


La santé bien-sûr, l’accompagnement des plus fragiles, l’éducation ont, à très court terme changé de statut ; nous rappelant combien ces missions de services publics par excellence (nous) sont vitales. A moyen et long termes, pour répondre à l’attention et l’exigence toujours plus fortes du citoyen : l’aménagement du territoire, l’activité économique et son développement responsable, les enjeux liés à la mobilité ou à l’habitat prendront une dimension nouvelle et plus que jamais existencielle.


Nombre de collectivités sont déjà dans la mise en application et la diversité des expériences menées est très riche. C’est ce statut d’expérience qu’il faut requestionner, cette expression d’une crainte face au changement (parée du terme d’expérience) qui doit évoluer et, sans plus attendre, connaître la même accélération que la santé (et les consultations à distance), le travail (et le télétravail)..



2021, stabilité et bioinspiration !


Au cours de cette année, qu’avec beaucoup de prudence nous oserons qualifier d’année de convalescence, nombre de modèles se doivent d’évoluer ; question de survie. Les collectivités se doivent elles de ne rien changer de leur fondements pour préserver, quoi qu’il en coûte, leur statut de pilier. L’enjeu est de taille, et peut-être même à contre-courant au regard du monde tel qu’il va et du risque de vouloir, trop vite, répondre aux attentes de l’air du temps.


La meilleure façon de réussir cette nécessaire transition consiste à se mettre en capacité à toujours pouvoir regarder loin et près à la fois. L’urgence de la crise, des crises liées à la pandémie obligent les responsables publics à s’adapter en permanence - et ils le font très bien. Mais la réelle difficulté n’est pas là. Sans doute est-elle masquée par l’urgence de la situation.


De la Stabilité à la Soutenabilité


Pour les collectivités, le chantier d’avenir consiste à changer de points de repère, de grille de lecture et non de modèle, tant leur savoir-faire et leur constance sont gages de stabilité.


La seule vraie question qui vaille dès lors et celle de la soutenabilité des décisions prises et de leurs mises en application en matière de démocratie sanitaire, d’intelligence collective (forme évoluée de la démocratie participative), de transmission de valeurs et de bonnes pratiques (de la table des restaurants scolaires aux choix des moyens de transports collectifs)…


La réponse se trouve, en très grande partie dans la bioinspiration, une invitation à dupliquer le génie de la nature qui se révèle, plus que jamais, comme un formidable levier de transformations à toutes les échelles de notre territoire.



« Pour les collectivités, le chantier d’avenir consiste à changer de points de repère, de grille de lecture et non de modèle. »