Portrait de DGS avec Eric Behague

Faire carrière dans la fonction publique territoriale est porteuse d'avenir, c’est un secteur encore très attractif et diversifié pour les jeunes cadres qui viennent d’y rentrer. Mais, s’engager dans la fonction publique signifie aussi pour moi une véritable vocation, une vocation qui donne du sens à mon engagement professionnel à une époque où les jeunes générations sont en perte de repères. Pour ma part, j'ai passé 23 années passionnantes et exaltantes où j'ai pu évoluer au sein d'une fonction publique territoriale qui était en plein mouvement avec l'accélération de la décentralisation et la complexification des enjeux.

Etre cadre territorial, c'est être en capacité de s'adapter aux évolutions et faire acte d'abnégation au regard des décisions prises. Après avoir occupé mon coeur de métier, la fonction de directeur des ressources humaines, j'ai suivi une trajectoire sur des postes de DGA et de DGS, ce qui m'a progressivement éloigné de la technicité. J'ai fait le choix d'exercer mes fonctions auprès de collectivités de tailles moyennes, des communes de 10 à 20 000 habitants, là où la proximité avec l'élu, l'agent et l'administré prend tout son sens.

Pourtant, notre fonction de directeur général est parfois malmenée et n'est pas toujours reconnue à sa juste valeur, ce qui interroge souvent sur la question du positionnement de la fonction au sein des institutions.

Eric Behague Directeur Général des Services Ville de Cabriès (13) 10 000 habitants, 260 Agents


La fonction de DGS tout comme d'autres métiers évolue vers la mutualisation des missions au profit le plus souvent de la commune qui pèse le plus au sein de son intercommunalité. Ces « supers DGS » doivent, en plus de leurs missions habituelles, élargir leur champ de vision au niveau d'un territoire composé de plusieurs communes, ce qui parfois entre en contradiction avec leur première lecture, celle de la commune. La fonction de DGS n'a jamais été autant une fonction à géométrie variable selon qu'elle s'exerce à l'échelon d'un territoire, d'une petite ou d'une grande collectivité.


On le constate, l'évolution du statut de DGS n'a pas profité de ce formidable mouvement libérateur des territoires depuis les lois de décentralisation des années 80. Il se cherche encore une définition, un statut ou un révérenciel comme cela a pu se développer pour certaines fonctions de DGS au sein d'autres institutions publiques, la loi ayant récemment, par exemple, défini un référentiel pour les DGS d'Etablissements Publics d'Enseignement Supérieur.


Cette fonction de DGS a ainsi profondément évolué dans les faits, dans le rôle qu'on veut bien leur donner en terme de responsabilités aussi, alors que sur le plan de sa définition institutionnelle, elle n’a guère progressé depuis la loi de 1952. Elle définissait le secrétaire général, tel qu’on le dénommait à l'époque, comme celui qui ne faisait qu'exécuter les décisions du maire. Force est de constater que les nombreuses responsabilités qu'il assume aujourd'hui: administrative, juridique, financière et humaine, avec leur pendant sur le plan de la responsabilité pénale, ne sont pas ou très peu lisibles, ce qui place le DGS dans une situation inconfortable et aléatoire au gré des décisions juridictionnelles.


Il faut souligner à cet effet l'engagement du Syndicat National des Directeurs Généraux Territoriaux qui s’attèle à faire reconnaître ce métier pour que les textes et notamment le Code Général des Collectivités Territoriales lui reconnaisse une place légitime dans la pyramide institutionnelle. L’exercice demeure cependant difficile dans la mesure où il n’y a pas qu’un métier de DGS, c’est un métier à multiples facettes.

En effet, il ne s’exerce pas de la même manière selon que vous êtes dans une commune de 3000 habitants ou dans une commune de plus de 20 000 habitants. La définition qui le caractériserait le plus et pour laquelle il y a consensus, c’est que le DGS est devenu, à la force du temps, un véritable manageur, le chef d’orchestre de l’administration.


Ma passion est ici, dans l’humain et dans la confiance que je témoigne aux nombreux agents qui la composent pour leur formidable capacité à s’adapter et à faire oeuvre d'engagement. Le DGS est au centre du dispositif, un peu comme au cœur d’un réacteur: il fait l’amortisseur, l’analyseur, le mobilisateur d’hommes. Il doit constamment vérifier que la courroie entre l’agent fonctionnaire, le cadre, l’élu et l’administré transmet bien les messages coordonnés.

Grace à ce métier de DGS, je poursuis cette passion de placer l’humain au cœur de ces institutions locales, en ayant recours aux conceptions modernes de management, c’est de là que je pense renaîtra la confiance de l’administré pour ses institutions. A cet égard, on peut regretter qu'il manque une école de management pour les DGS ainsi qu'un référentiel d'actions.


Il n’y a pas plus beau métier aussi que de travailler pour l’intérêt général, la cause et le bien publics où les notions de chiffre d’affaire ou de rendement n’ont guère leur place. N’oublions pas qu’au départ, les communes se sont créées comme des « communautés de vies », des regroupements de bonnes volontés où l’on s’entend pour mettre en commun l’arrivée d’eau dans les fontaines, pour construire des places publiques où le commerce prospère, pour construire le four commun où chacun pouvait y faire cuire son pain…. C’est un peu tout ça mon métier avec des enjeux devenus plus complexes et partenariaux, avec le séquençage et parfois l'enchevêtrement des compétences partagées.


Une autre facette de ce métier consiste à accompagner les élus et mettre en œuvre le programme politique et les décisions prises. Car il faut l’affirmer et l'assumer, le DGS, malgré les apparences, n'est ni l'exécutif ni le décisionnaire, il est à ce titre une sorte de « gérant-conseil », à l’image que l’on se fait en France de la conception anglo-saxonne du métier. On dit d’ailleurs dans les pays anglosaxons que le directeur général : « speaks truth to power ». J’aime beaucoup cette expression qui n’a pas d’équivalent en français mais qui illustre bien le rôle du DGS dans ses rapports avec l’élu. L'emploi fonctionnel qu'il occupe n'est que le pendant de cette forme de dépendance à l'élu: il n'est lié à l'élu que par un lien de confiance mutuel, ce qui fait la force de ce binôme original de nos institutions, et c'est peut être aussi bien ainsi.


D’une manière générale, c’est une fonction qui surprend et qui n'est en rien routinière, la crise sanitaire que l’on vit vient tout juste de nous le rappeler.


Je terminerai par un vœu : que le principe de subsidiarité refasse surface et gouverne l’action de nos institutions locales pour que l’on ne gère l’humain qu’au plus proche des réalités de terrain, là où l'action peut être la plus efficiente. Cela ne passera t'il pas très certainement par un rééquilibrage des compétences partagée?. Nous avons la chance en France d’avoir un échelon communal d’une richesse incroyable, avec nos 35 000 communes et leurs nombreux élus bénévoles qu’il faut à tout prix préserver.


La Rédaction.

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