Les chiffres choc, UN an après le premier confinement

Mis à jour : avr. 1

LES FRANÇAIS À UN CARREFOUR D'INQUIÉTUDES


Par Erwan Lestrohan, Directeur Conseil d'Odoxa.

Le 16 mars 2020, Emmanuel Macron annonçait aux Français un confinement de la population pour lutter contre la propagation de l’épidémie de Covid-19. Pour 96%1 des Français il s’agissait d’une bonne mesure et pour 66%1 il avait eu raison de dire que nous étions « en guerre ».12 mois après ce premier exercice collectif inédit, nos études d’opinion des dernières semaines révèlent que les Français ne sont pas sortis de cette « guerre » contre le Covid. Non seulement ils sont quasiment toujours aussi inquiets pour leur santé (59%1 en janvier 2021 contre 62%1 en avril 2020) et la santé de leurs proches (80%1 en janvier 2021 contre 84%1 en avril 2020) mais on observe que la crise sanitaire a eu un impact multidimensionnel, générant des difficultés aussi bien économiques que sociales et psychologiques.


Dans un contexte de liens sociaux distendus et d’isolement renforcé, la quasi-totalité des Français se disent aujourd’hui inquiets pour la situation économique nationale (89%1 en janvier 2021) et pessimistes pour le pouvoir d’achat (80%2 en février 2021). La majorité des actifs disent que leur situation professionnelle est source d’anxiété (63%3 en décembre 2020) et 4 Français sur 10 indiquent avoir rencontré des difficultés psychologiques avec la crise sanitaire2. Ceci alors même que leurs préoccupations environnementales restent vives (66%4 sont pessimistes pour l’avenir de la planète, décembre 2020) et qu’il subsiste des inquiétudes sécuritaires fortes entre une menace terroriste qui reste élevée et que le sujet des violences policières demeure un point de crispation d’une partie de l’opinion.


Ces chiffres incarnent le « carrefour d’inquiétudes » auquel les Français sont aujourd’hui immobilisés, contraints et forcés. Pour redémarrer, ils sont suspendus à l’évolution de la situation sanitaire et de la couverture vaccinale.


Et il demeure également des incertitudes sur les conditions du redémarrage : qu’adviendra-t-il de notre économie quand l’Etat n’accompagnera plus les entreprises et salariés en difficultés et sortira du « quoi qu’il en coûte » ? Les inégalités générationnelles, territoriales, économiques et sociales constatées lors de la crise sanitaire vont-elles créer de la défiance entre les « perdants » et les « gagnants » du Covid ? Entre favorisés et défavorisés ? Entre les plus jeunes et les plus vieux ?


Aujourd’hui, les Français manifestent enquêtes après enquêtes la demande d’un Etat interventionniste et leur besoin de protection par les pouvoirs publics dans ce monde devenu instable sur le plan économique, professionnel, social, sanitaire, climatique, sécuritaire. Ils expriment également la volonté de se recentrer sur le local et les communes ont rarement autant qu’aujourd’hui incarné une zone de confiance à l’égard de l’action publique, de visibilité, voire même de preuve, de la performance des actions déployées. Les Français s’engagent également pour participer au redémarrage national : 2/3 d’entre eux affirment qu’ils privilégient les marques nationales depuis le début de la crise sanitaire et ils se déclarent très favorables au développement de labels et appellations « Made in France » ou encore à la relocalisation sur le territoire national de certaines industries.


A plus d’un an de la prochaine élection présidentielle, rien ne permet d’établir dans quelle mesure les rapports de force politiques seront impactés par la situation actuelle. 40%6 des Français estiment aujourd’hui qu’Emmanuel Macron est un bon président et celui-ci a bénéficié avec la crise sanitaire d’un regain d’indulgence des Français à l’égard d’un chef de l’Etat mobilisé face une crise sanitaire inédite. Sa relation avec les Français, qui l’ont trouvé plus proche et plus empathique, s’est, légèrement, réchauffée et son capital de soutien dans l’opinion semble moins érodé que nous ne le mesurions pour ses prédécesseurs les plus récents à l’Elysée. Pour autant, cette popularité reste limitée, elle est mesurée dans une période « hors sol » du quinquennat d’Emmanuel Macron et ne dit rien de son potentiel électoral.


Ailleurs dans le paysage politique français, les conditions requises pour envisager une qualification au second tour ne paraissent pas réunies par les formations de gauche qui peinent à s’unir et par les formations de droite qui ne disposent pas d’un candidat naturel à même de réunir toutes leurs familles. Et à gauche comme à droite, la nécessité d’incarner une alternative radicalement distincte du « en même temps » présidentiel reste également un chantier en suspens.


En somme, la réédition d’un duel de second tour opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen en 2022 apparaît aujourd’hui inéluctable à une majorité de Français… qui sont également une majorité à déclarer qu’ils ne souhaitent pas que cela se produise. Afin de ne pas perdre de vue que la situation reste susceptible d’évoluer, a fortiori dans le monde post-Covid où l’incertitude est devenue la règle, il est intéressant de se rappeler qu’en dépit d’une tendance plutôt favorable à distance du scrutin, ni Edouard Balladur en 1995, ni Lionel Jospin en 2002, ni Ségolène Royal en 2007, ni Dominique Strauss-Kahn en 2012 et ni Alain Juppé en 2017 n’ont finalement été élus.


Cet état des lieux aussi sinistré qu’évolutif souligne l’intérêt de mesurer l’opinion des Français avec attention, rappelle la nécessité d’écouter les citoyens, leurs demandes et préoccupations dans ce monde nouveau et de voir dans quelle mesure l’offre politique « de l’avant » peut s’organiser pour répondre aux besoins « de l’après ».


1 : Odoxa Backbone consulting pour France Info et Le Figaro

2 : Odoxa pour le Cercle Vulnérabilités et Société

3 : Odoxa pour Lundbeck

4 : Odoxa pour SAP

5 : Odoxa Dentsu consulting pour France Inter et la presse régionale



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