GRAND ENTRETIEN : UN DGS PASSIONNANT A DECOUVRIR !

Jean-Luc Bœuf est administrateur général. Il a été directeur général des services en commune, en intercommunalité, en département et en région. Colonel de gendarmerie de la réserve opérationnelle, il est actuellement directeur général des services du conseil départemental de la Drôme.

DGS Jean-Luc BOEUF ©REY

1. Pourquoi et comment s'engager dans la fonction de directeur général des services de collectivité locale ? 

La passion des territoires et la volonté de participer à la belle aventure du monde local expliquent mon engagement. JLB

La passion pour les territoires est le premier élément qui me vient à l'esprit. Enfant, j'ai eu la chance de découvrir la France, au gré des pérégrinations familiales liées à mon père, gendarme. Étudiant, j'ai suivi avec plaisir nombre de cours sur la IIIème République. Sous différentes approches, ces enseignements insistaient sur la grande loi communale de 1884, montraient cet accrochage aux terroirs et le rôle de la ville capitale. Jeune adulte, j'ai effectué mon service national à Issoire, en donnant notamment des cours d'instruction civique à des élèves sous-officiers. Dès lors, j'ai eu la volonté de rechercher non pas un métier mais plutôt des fonctions en lien avec cette passion des territoires. 

Sur ma route professionnelle, j'ai croisé des élus qui m'ont non seulement marqué mais surtout conforté dans cette passion. J'en citerai trois. Premièrement, je citerai Olivier Guichard. Baron du gaullisme, père de la délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR). Je mesure la chance d'avoir été recruté par lui en qualité de directeur des finances de la région des Pays de la Loire. Hauteur de vue et recherche de l'essentiel dans les décisions locales le caractérisent. Deuxièmement, Raymond Forni, ancien Président de l'Assemblée nationale et qui me recruta sur le poste de directeur général des services du conseil régional de Franche Comté. Son sens de la synthèse et sa maîtrise des débats en assemblée plénière sont des qualités qui ne s'oublient pas. Troisièmement, je parlerai de Ludovic Jolivet, maire de Quimper et président de la communauté d'agglomération éponyme. Sa proximité avec les habitants et la très forte complicité dans le mode de fonctionnement quotidien que j'ai eue avec lui sont des éléments qui marquent une vie professionnelle.

2. Qu'est-ce que l'engagement républicain pour vous ?

La France est un vieux pays, qui s'est construit au fur et à mesure d'une histoire multiséculaire. Dès lors, la République, notamment à partir de la IIIème, a construit pas à pas un rapport et un apport aux territoires. L'engagement républicain représente donc pour moi les valeurs affirmées et protégées, y compris dans l'exercice des fonctions de directeur général des services. Parmi ces valeurs, trois se détachent plus particulièrement : ce sont celles de continuité, d'égalité et d'adaptation. Qualifiées de lois du service public, elles illustrent l'engagement des communes aux régions, en passant par les intercommunalités et les départements, quel que soit donc le niveau de collectivité locale.


Tout d'abord, la continuité. Le confinement généralisé que nous venons de vivre dans les premiers mois de 2020 illustre concrètement cette continuité de service. Partout en France, les services publics locaux ont continué de fonctionner. Simplement et sans bruit, avec les moyens du bord et grâce aux moyens les plus modernes, tels que le numérique et le recours renforcé au télétravail.

Ensuite, l'égalité. L'engagement au service des valeurs de la République est synonyme de recherche d'égalité. Il ne s'agit naturellement pas d'une égalité statique mais fondée sur les besoins des populations et des territoires, au gré des périodes et des difficultés concrètes rencontrées.

Enfin, l'adaptation. Le service public n'est ni figé ni voué à disparaître. Il appartient donc à chacune et à chacun de ses agents de s'adapter ; et ce, tout au long de sa vie professionnelle. Un exemple me vient à l'esprit. Il nous ramène au début des années 2000, lorsque la vision française des services publics dut être défendue avec vigueur à Bruxelles, face aux assauts d'un libéralisme débridé qui avait tendance à ne voir dans les services publics que des centres de coût qu'il fallait à tout prix réduire, à défaut de pouvoir les faire disparaître.

J'ajoute que les valeurs de la République ne sont pas partisanes. JLB

Encore une fois, et je le mesure, j'ai eu la chance de rencontrer des élus qui acceptent de recruter un DGS qui ait servi sous différentes majorités politiques.

3. Qu'est-ce qui vous passionne le plus ? 

Sans conteste, le fait de participer à l'aventure publique. Pour ce faire, deux verbes l'illustrent : préparer et transmettre.

Préparer. Les agents publics préparent les décisions. Mais surtout, ils préparent le terrain : le terrain des élus, le terrain des entrepreneurs. Les agents publics côtoient en permanence cet être que l'on pourrait qualifier de quarteron, qui est tour à tour contribuable, usager, électeur, citoyen. Et notre rôle d'agent public est de traduire ces volontés différentes, parfois contradictoires naturellement, dans la préparation de la décision publique. 


Transmettre. J'ai pu, durant des années, auprès d’étudiants et de professionnels, proposer plutôt un partage de pratiques et d'expériences qu’un enseignement. Et l'un des moments toujours très fort est lorsque des étudiants vous annoncent leur réussite à un concours.

4. Ce journal étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, auriez-vous un message à adresser ? 

J'aurai même deux messages à adresser ! L'un est lié à l'enthousiasme et l'autre, à la légitimité.


D'une part, pour ce qui est de l'enthousiasme, il est un moteur essentiel de notre vie professionnelle. L'enthousiasme, c'est la découverte en permanence de nouveaux enjeux. L'enthousiasme, c'est de rencontrer des agents, des interlocuteurs, des partenaires. L'enthousiasme, c'est de participer à cette grande aventure qui dépasse les individus. Car, travailler dans le secteur public est synonyme de longue durée.

D'autre part, la légitimité. Dans notre système territorial, deux légitimités se combinent. L'une est la légitimité politique, celle confiée aux élus par le suffrage universel. L'autre est technique, au sens de la maîtrise de la façon de faire. C'est la légitimité des services, au sens le plus large, et qui englobe ainsi les agents publics, titulaires et contractuels, de toutes les filières. La réussite des projets, grands et petits, dans tous les territoires, passe par une mise en commun de ces deux légitimités, et non par une volonté, parfois montée en épingle il est vrai, de les opposer.

LA REDACTION

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