Grand entretien Sébastien CASARI

Sébastien CASARI est directeur de cabinet de l' Agglomération de Lens-Liévin.



Pourquoi et comment s'engager dans votre métier/fonction ?


On entend souvent dire que le métier de Directeur de Cabinet n’est pas un vrai métier. D’une certaine façon, je le crois aussi. Je me suis toujours considéré plus ou moins comme un intermittent de la politique. Rédiger des discours, des notes, mettre en scène en quelque sorte, jongler avec les demandes de rendez-vous, les visites et des agendas contraints. Rester en coulisses en tout cas, c’est ce que j’essaie de faire à chaque instant. C’est une profession qui exige de la polyvalence et de la discrétion. Mais il faut surtout être guidé pour défendre nos idées, partager nos valeurs, participer à la vie publique. Je suis assez fier au quotidien de contribuer à certains projets, parce qu’ils sont concrets, parce que je me sens utile. N’est-ce d’ailleurs pas là le sens essentiel de l’engagement politique au sens noble du terme ? Paulo COEHLO disait « Toutes les batailles de la vie nous enseignent quelque chose, même celles que nous perdons ». S’il fallait résumer le métier de Directeur de Cabinet, je ne pourrai prendre de meilleures citations. Rien ne m’est si insupportable que d'être dans un plein repos, sans passion, sans dossier, sans divertissement, sans application, sans implication.


Qu'est-ce que l'engagement républicain pour vous ?


Dans ce monde en perpétuelle évolution, le doute pourrait nous emparer, la fatalité pourrait nous désarmer. Mais nous devons justement faire le choix de nous engager pour faire taire les voix de la fatalité, pour faire entendre un idéal, une volonté. Alors que nous sommes à un moment difficile et de doute, face à la montée des extrêmes et du populisme, face à l’obscurantisme, face à la barbarie, il importe de défendre à chaque instant les valeurs qui sont les nôtres, à savoir : la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité. Telle est ma conception de l’engagement républicain. Et pour cela, il nous faut des valeurs et des résultats, de la justice et de l'efficacité. Il nous faut parler à nos citoyens de vision d'avenir, de conquêtes vers plus de justice, de transformer la société avec elle-même, pas sans elle, pas contre elle.


Qu'est-ce qui vous passionne le plus ?


Collaborateur d’élus n’est peut-être pas un vrai métier mais il est formateur. Durant toutes ces années, j’ai appris énormément. Visiter des entreprises, des communes, des expériences inédites, rencontrer des tas de personnes…ces déplacements et temps d’échanges sont nécessaires. Trop souvent on reproche aux politiques d’être déconnectés, de prendre de mauvaises décisions parce qu’ « ils n’y connaissent rien ». En allant à la rencontre de ceux qui font les territoires, ceux qui souffrent également, nous les écoutons, échangeons afin de répondre aux mieux à leurs besoins. Je prends également plaisir à échanger avec l’ensemble des maires, avec une mention pour ceux des communes rurales. Je mesure la difficulté de cette France que l’on dit périphérique. Alors, oui, nous ne pouvons pas répondre à toutes les attentes. Elles sont immenses. Au final, c’est un métier enrichissant qui peut apporter autant de satisfactions que de frustrations. On ne réussit toujours pas à convaincre, on ne trouve pas forcément la clé, on n’a pas de baguette magique. Les citoyens demandent beaucoup. Alors on leur promet beaucoup. Il est donc légitime qu’ils demandent des comptes. Et pour cela ils écrivent. Enormément. Ils écrivent et demandent pour tout. On lit parfois de beaux projets, des demandes aussi qui peuvent apparaître comme complétement « farfelues ». Mais on lit aussi beaucoup de détresse. Charge au collaborateur d’élus de répondre à cette exigence imposée mais ô combien nécessaire en ces temps troublés. Lorsque l’on s’engage avec passion, on met tout en œuvre pour résoudre ces difficultés et c’est ce qui me passionne le plus.


Ce Magazine étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez-vous un message à adresser ?


La crise que nous vivons n’a fait que révéler les profonds paradoxes de notre modèle de santé, de production, de consommation, de déplacements, d’éducation. Ces paradoxes, ces contradictions même, nécessitent de transformer assez radicalement nos modèles et nos schémas de pensée. Et pour cela, il nous faut agir. C’est la force de l’échelon local. Agir, cela veut dire inventer un nouveau modèle plus cohérent, plus soutenable, plus vivable, plus respirable. Agir, cela veut dire inventer de nouvelles solidarités face aux nouvelles précarités. Agir, cela veut dire se mobiliser collectivement, habitants, citoyens, service public, associations, acteurs économiques, sociaux et culturels. Patrick CHAMOISEAU, écrivain français, nous invite dans l'un de ses ouvrages à « être des révolutionnaires de l'imaginaire ». Face à cette crise sociale, économique et environnementale à laquelle nous sommes tous confrontés, tel est le sens même qu'il nous faut donner.


La rédaction.