Grand entretien Caroline Guérin

Mis à jour : mars 17

Caroline Guérin est directrice de la communication et des relations extérieures de la communauté d’agglomération de Roissy.


Pourquoi et comment s'engager dans votre métier ?


L’Autre, objet de toutes mon attention

Curieuse de nature, j’ai toujours été intéressée par les échanges avec l’Autre et la richesse

intellectuelle que je peux en retirer. Depuis toujours, j’aime comprendre comment les choses

et les gens fonctionnent. Cela va de la mécanique auto, à la réparation d’un lave-linge, en

passant par la société dans laquelle je vis. Tout cela peut vous paraître éloigné de la

communication, mais en réalité, c’est assez proche.

Communiquer c’est dire qui vous êtes, ce que vous faites et pourquoi vous le faites. Et bien

sûr, pour que la boucle soit bouclée, il faut que l’Autre soit « réactif » et vous le montre. C’est

le fameux feed-back qui vous permet d’évaluer votre action. Les échanges du quotidien sont

variés et riches d’enseignement. Ils me permettent de renforcer mon expérience personnelle et professionnelle.


La compréhension par la pédagogie

Aujourd’hui, mon métier consiste à expliquer aux habitants du territoire de Roissy Pays de

France, ce que la communauté d’agglo fait pour eux au quotidien. Il y a des actions « faciles »

car concrètes, comme les piscines, les médiathèques, ou encore le ramassage des déchets. Là où les choses se compliquent un peu, c’est quand on communique sur des dossiers de fond qui mobilisent les services pendant plusieurs mois ou années comme le SCoT ou le PCAET.

C’est là qu’il faut trouver des « astuces » pour intéresser la population. Le travail en équipe

est primordial pour échanger les points de vue et les idées. Je re-questionne les outils et la

méthode et nous réfléchissons ensemble à comment faire passer le message. L’objectif est de montrer aux habitants que la collectivité est mobilisée et qu’elle travaille pour leur qualité de vie. Alors bien sûr, il faut répéter les messages, souvent, sous différents angles et par des

canaux variés. Il faut travailler sa ligne éditoriale, l’adapter à l’outil et à sa cible.


Oser se remettre en question et savoir s’adapter

Selon moi, le métier de directeur de la communication nécessite de savoir prendre du recul, de se remettre en question régulièrement et de s’adapter aux situations. L’échiquier professionnel d’un dircom en collectivité est mouvant. Il y a les mobilités des agents, des cadres qui vous obligent à travailler autrement. Il y a aussi le renouvellement des élus à l’occasion des élections. Cela nécessite souvent une adaptation à vitesse grand V. Il faut savoir négocier le virage pour repartir dans la bonne direction avec un nouvel exécutif. Et quand ce n’est pas possible, il faut rebondir… ailleurs, pour mieux repartir.



Qu'est-ce que l'engagement républicain pour vous ?


Je suis élue municipale dans une commune rurale du nord Seine-et-Marne depuis 2001.

J’entame cette année mon troisième mandat de premier adjoint au maire. Ma commune

compte quelque 400 habitants. C’est ce qu’on appelle une petite commune. Alors pas de

services pour nous épauler dans notre action. Deux agents sont en poste, une secrétaire et un employé polyvalent. Avec peu de moyens financiers, il faut que les élus s’impliquent et

mettent la main à la pâte. Et ça marche, même si nous en perdons parfois en route. Nous

avons fini le dernier mandat en mars 2020 avec 6 élus encore actifs sur un total de 11…

Pour moi, l’engagement républicain c’est consacrer de son temps pour les autres, sans rien

attendre en retour. Il faut savoir prendre du recul, faire face à certaines injustices et mauvais

procès. Comme dans la communication, il faut savoir expliquer ce que l’on fait et pourquoi on

prend telle ou telle décision. Il faut aussi ménager sa famille à qui on consacre un peu moins

de temps.

Dans les petites communes, les élus ne se lancent pas pour les indemnités qui restent très

basses au regard de l’investissement humain. Pour ma part, si je me suis lancée dans

l’aventure il y a presque 20 ans, c’est encore une fois pour comprendre comment fonctionne

une commune et aussi et surtout pour faire quelque chose qui a du sens. Je veux participer à la vie démocratique de mon pays.



Qu'est-ce qui vous passionne le plus ?


Le sujet est vaste. Personnellement, je suis une passionnée de brocante. Je chine depuis

toujours. L’idée de dénicher un trésor au fond d’une caisse me passionne. Et puis, j’aime les

objets qui ont une histoire. C’est aussi une façon responsable de consommer.

Professionnellement, j’adore le papier. J’aime le sentir, le toucher. J’affectionne les

publications épurées où la gestion du blanc est maîtrisée et m’offre de la respiration dans ma

lecture. Alors évidemment, à l’heure du digital et de l’instantanéité, le « beau livre » peut

paraitre suranné. Je pense qu’il n’en est rien et qu’il en faut pour tous les goûts. Tout est une

question d’équilibre.



Ce journal étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez-vous un message à adresser ? 


Je suis aujourd’hui directrice de la communication et des relations extérieures d’une

importante communauté d’agglomération en Ile-de-France. Si je veux réussir ma mission je

dois « prendre soin » de mon équipe. J’essaie de manager avec bienveillance. J’aime l’idée de faire grandir mes collaborateurs, même si je sais que cela les poussera tôt ou tard vers d’autres horizons. Les écouter, les valoriser, les remercier ne m’empêche pas de savoir arbitrer, décider et montrer le cap. C’est comme ça que je construis une équipe soudée capable de résister aux tempêtes.

Alors mon message : prenez soin de vos collaborateurs. C’est bon pour eux, pour vous et pour la collectivité.