Grand entretien Bastien JOINT

Bastien JOINT est Chef de cabinet du maire de MEYZIEU.


Crédits photo: Ville de Caluire et Cuire


Pourquoi et comment s’engager dans votre métier ?


Cette question pourrait appeler autant de réponses qu’il existe de collaborateurs d’élus car les manières d’embrasser ce métier sont multiples.

En ce qui me concerne, j’ai eu dès le lycée un engagement citoyen en étant choisi pour présider le conseil de la vie lycéenne et représenter les lycéens au conseil d’administration de l’établissement, puis au conseil académique de la vie lycéenne et à la Région comme conseiller régional jeune.

Ces premières expériences montraient à l’évidence mon envie de rassembler et de porter une parole.

Par la suite, j’ai eu un parcours militant qui m’a conduit à prendre la responsabilité départementale des jeunes de mon parti politique.

J’ai dans le même temps poursuivi mes études avec un cursus de droit et ai saisi l’opportunité de stages notamment au Parlement et dans une mairie. C’est dans la continuité de ces diverses expériences que je me suis orienté vers le parcours de collaborateur d’élus. Servir au sens le plus large était pour moi une évidence. Elle demeure.


Qu’est-ce que l’engagement républicain pour vous ?

Je répondrai en reprenant les bases constitutionnelles de l’Etat de droit et notamment ses conditions d’existence : un territoire, une population et la souveraineté du pouvoir. Tout engagement républicain doit à mon sens partir d’ici : le ciment de l’Etat de droit et de notre République, c’est la volonté de tout un peuple de vivre ensemble et de partager un socle de valeurs qui nous vient en héritage comme d’ailleurs de perpétuer une Histoire commune.

L’engagement républicain, c’est d’abord la volonté de rassembler, dans le respect des valeurs qui sont notre socle, dans le respect de notre Histoire. L’assassinat lâchement perpétré à l’endroit du professeur d’Histoire Samuel Paty démontre cette impérieuse nécessité de ne pas fléchir sur nos valeurs comme sur notre droit. Les enseignements des esprits les plus éclairés et de l’Histoire de France interdisent que nous cédions un seul centimètre des droits fondamentaux et constitutionnels les plus ancrés dans notre système : les libertés d’expression et de conscience en font partie tout comme d’ailleurs la possibilité pour tout un chacun d’être en sécurité sur le territoire de la République. Je refuse l’idée que le sentiment républicain se délite et souhaiterais en toutes occasions le porter en étendard.

Notre société est fragmentée et certains croient que sa consolidation viendrait d’agrégations, quitte à modeler ou pour le moins s’arc-bouter sur certains postulats. Je crois que c’est là le chemin qui mène à la remise en question de la République. Notre faiblesse conduit à la fragilisation de nos valeurs. Le politique doit apprendre ou réapprendre le courage : celui de nommer les problèmes, de dire les défaillances et d’affronter les vérités. Nos concitoyens n’attendent plus de leurs politiques des discours corrects et de circonstances qui les ont, à travers les années, parfois décrédibilisés. Ils attendent au contraire je crois des messages clairs, intelligibles suivis de décisions claires et intelligibles. La puissance du verbe, et la rhétorique servent une pensée et une action sans équivoque. A l’inverse, toute logorrhée ou envolée lyrique qui rendent le message diffus desservent en réalité non seulement celui qui s’y aventure mais aussi et c’est plus grave, toute la cause qu’il souhaite défendre.

Sans polémique dans une crise sans précédent, c’est le problème majeur du gouvernement aujourd’hui avec un manque de vérité, des déclarations brouillonnes voire incohérentes et une communication peu réfléchie. Pour qu’une décision soit respectée, il y a bien sûr la question du moyen de coercition que l’on peut lui assortir mais il faut avant toute chose qu’elle soit parfaitement explicitée et assumée ; c’est à ce prix-là qu’elle sera comprise ou pour le moins, admise.

Œuvrer aux côtés d’élus locaux qui mouillent la chemise et retroussent leurs manches pour s’engager dans la poursuite de cet objectif de vérité et de rassemblement me passionne.


Qu’est-ce qui vous passionne le plus ?

Ce qui me passionne le plus, c’est la pluridisciplinarité des missions qui sont susceptibles de nous être confiées par l’autorité territoriale, soit dans le cadre de la gestion et ou prospective quotidiennes, soit dans l’urgence par l’irruption dans l’actualité d’un fait qui nécessite une approche ou traitement particulier. Les soubresauts auxquels est sujette la vie politique font que très souvent, rien ne se passe jamais comme vous l’avez prévu et je le dis en toute humilité. Je crois d’ailleurs que la nécessité de rester alerte comme les facultés d’adaptation, d’appréciation et de réaction sur tout sujet qui le nécessite sont des qualités requises pour tout collaborateur de cabinet comme pour tout élu.

Dans la mesure du possible, chacun fera sienne la formule consacrée par Thiers en foi de laquelle « gouverner, c’est prévoir… ». Cela reste la règle et l’anticipation doit prévaloir autant que faire se peut. Mais dans les collectivités comme à tout échelon de la République, nous sommes sujets aux crises dont les multiples causes n’ont d’égal que leur imprévisibilité.

Je pourrais dire aussi que les échelons de proximité sont extrêmement valorisants tant pour les élus que pour les collaborateurs car le processus décisionnel fait toujours naître quelque chose de perceptible, de tangible. Vous en voyez le résultat. Vous êtes le premier spectateur des décisions que vous avez prises ou accompagnées et que vous pouvez amender, repenser, infléchir, parfois co-construire avec les habitants…


Ce journal étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez-vous un message à adresser ?

Servir l’intérêt général est une noble cause : nos cadres territoriaux, nos élus locaux sont les fantassins de la République. Je suis intimement convaincu que la crise de défiance à l’endroit de nos institutions et plus globalement du système politique ne pourra et ne saura se résoudre qu’au plus proche des concitoyens. On n’évoque pas « le pragmatisme du maire » pour rien et la France se meurt, je crois, de sa bureaucratie et de la technocratie. Pour redonner sa chance et de l’oxygène à notre pays dans le concert des Nations, il faut créer un choc de compétitivité qui passera par une refonte globale de notre système. Il y a trop de normes et le Parlement légifère sur tout. Comment peut-on rester crédibles lorsqu’il faut un décret du Président de la République pour autoriser à l’aube des fêtes de Noël, la vente de sapins...? On marche sur la tête !

Il faut une recomposition du paysage politique et les élus locaux ont toutes les clefs en main, je crois, pour y prendre toute leur part.



La Rédaction