Grand Entretien avec Richard Barthélemy

Richard Barthélemy est directeur de la communication à la mairie de Vigneux-sur-Seine.

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Pourquoi et comment s'engager en tant que directeur de la communication ?

Par Hasard et par Nécessité, pour reprendre le titre de l'essai de Jacques Monod, car je n'aurais jamais imaginé rejoindre la fonction publique durant mes études, ou mon début de carrière. J'aurais certainement préféré être "pianiste dans un bordel" comme écrivait Jacques Séguéla.

Ayant toujours été dans la communication, passant de l'agence à l'annonceur avant de rejoindre la fonction publique, j'ai trouvé dans la territoriale la proximité que je recherchais dans mes stratégies de géo marketing pour le groupe Intermarché où je déclinais la communication globale sur 130 centres répartis sur l'ensemble du territoire national.

La communication territoriale permet une écoute fine des publics avec lesquels on est en lien direct, sans passer par des études spécifiques, des courbes de ventes ou des panels nationaux. Le retour d'expérience est immédiat.

Qu'est-ce que l'engagement républicain pour vous ?

Il faut revenir à l'origine du mot "république": res-publica, "la chose publique", qu'il faut entendre comme le bien commun. Sans le souci de la république, la démocratie revient à la tyrannie du plus grand nombre qui se traduit par le populisme et le communautarisme et prospère dès que l'on néglige l'engagement républicain.

Notre travail consiste à promouvoir ce bien commun en le passant au crible du triptyque : Liberté, Égalité, Fraternité. Les deux premiers termes, antinomiques, ne pouvant être conciliés que par le troisième.

En pratique, il se traduit par une communication qui s'adresse à l’ensemble du territoire, sans cibler un public au détriment d'un autre. Si la communication valorise l'action municipale, le citoyen sait aujourd'hui la décrypter et détecte d'emblée les tentatives de promotions exagérées. Le temps où le maire était omniprésent sur les publications est révolu. Sans être naïf, la communication se doit d'éclairer le citoyen dans sa perception. Elle lui donne des clés de compréhension, en lui laissant la liberté d'analyse. Il faut avoir confiance en l'intelligence collective et aider le citoyen à se forger sa propre opinion.

Face aux multiples canaux de communication, la Municipalité n'a plus le monopole des messages. Avec le développement des réseaux sociaux, et l'importance qu'ils ont acquis lors du confinement, il serait utopique de considérer que la transmission peut rester verticale. Le mouvement de recentrage sur le récepteur n'est certes pas récent, mais il s'est accéléré et le directeur de la communication agit de plus en plus comme médiateur, chef d'orchestre qui doit conserver l'harmonie d'un groupe où les musiciens interprètent leur propre partition. Le contrôle de la communication consiste à donner à chacun les moyens de se forger sa propre conviction, en réunissant les conditions du succès mais sans pouvoir l'imposer.

Qu'est-ce qui vous passionne le plus ?


La proximité. Le sentiment d'apporter une réelle satisfaction aux citoyens. Le lien direct avec leurs attentes, travailler " dans la vraie vie" et contribuer, à mon niveau, d'éclairer la compréhension de l'action locale. La communication territoriale a pris une importance qui dépasse la plupart des communications nationales. Quel magazine possède aujourd'hui un meilleur taux de lectorat sur une ville que le journal municipal ?

Dans mon métier de manager, c'est aussi d'obtenir le meilleur des agents. Les aider à s'améliorer, progresser, réussir des synergies entre des personnalités toutes différentes.

Ce journal étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez-vous un message à adresser ?

Osez et accordez le droit à l'erreur. Écoutez ceux qui ne pensent pas comme vous, recherchez l'originalité créatrice et non le réconfort des certitudes.

Observez avec attention la vie quotidienne de vos administrés. Faites vos courses vous-même, restez au contact du terrain. Enfin, n'oubliez pas que vous ne possédez que le pouvoir qui vous a été conféré. Le plus difficile n'est pas de monter mais d'apprendre à redescendre l'échelle dont vous avez brillamment gravi les échelons. Le pouvoir est destiné à être transmis, et non conservé.

Bio Express :


Richard Barthélémy, directeur de la communication de Vigneux-sur-Seine.

Diplôme de grande école de commerce, option marketing-communication. Rejoint l'agence de communication Francom en 1992 sur le budget "Journal de Carrefour", après une expérience de commercial en grande distribution. Rejoint l'annonceur en 1995 comme responsable communication du groupe Intermarché pour leur enseigne de centre auto jusqu'en 2002, date de la création de son agence de communication, Oasis. Il intègre en 2003 la mairie de Vigneux-sur-Seine en tant que directeur adjoint, puis directeur de la communication en 2006. Concours d’Attaché territorial en 2006 et Attaché principal en 2016.


La rédaction