Grand entretien avec Pierre de Rivoire

Pierre de Rivoire est Directeur Général des Services de la Ville de Carquefou.


Pourquoi et comment s'engager dans votre métier/fonction ?


Je travaille depuis 15 ans au service des élus dans les collectivités locales après une première partie de carrière dans le privé. Je suis actuellement Directeur Général des Services après avoir exercé pendant 10 ans les fonctions de Directeur de Cabinet et de la Communication.


Travailler auprès des élus nécessite une forte appétence pour l’action publique, et même pour la politique. Bien évidemment au sens donné par Aristote à savoir « la conduite des affaires de la cité » mais aussi au sens de la conquête et de l’exercice du pouvoir, inhérents à la démocratie. Cette forte sensibilité à l’engagement public est indispensable pour se réaliser dans ces fonctions.


Le Directeur Général des Services et le Directeur de Cabinet ont deux rôles différents et complémentaires, régis par des règles statutaires spécifiques.

Véritable chef d’orchestre de l’administration, le 1er doit structurer le fonctionnement des services pour aboutir à la mise en œuvre des projets municipaux. Quant au 2nd, il doit accompagner au plus près l’élu dans ses mandats et ses engagements.


Mais ces fonctions sont profondément unies, comme les deux faces d’une même pièce. Il s’agit de se mettre au service d’un projet territorial, choisi de manière démocratique par les habitants et porté par une femme ou un homme politique.


L’efficacité politique nécessite une bonne coordination des services et des élus et donc une bonne coopération entre le DGS et le Dir Cab. Une tendance de fond se développe avec un rapprochement dans l’exercice de ces deux métiers, notamment dans les plus grandes collectivités, avec des collaborateurs de cabinet qui deviennent plus « techniques » quand les DGS se « politisent ».



Qu'est ce que l'engagement républicain pour vous ?


Au-delà des grandes valeurs qui fondent notre pacte national, ce qui guide ceux qui travaillent au sein des collectivités, c’est avant tout une volonté de se mettre au service des autres. Un fort sentiment d’utilité unit les agents et donne sens à leur travail. Cette conviction est prégnante notamment chez les cadres qui choisissent de s’investir dans des missions de service public. Cette recherche de sens et de valeurs doit être portée par les élus et par la Direction. Pour être cohérente, elle doit aussi trouver sa concrétisation dans la conduite des affaires de la commune et le management des équipes. En tant que responsable, nous avons le devoir de faire grandir nos équipes.

S’engager à servir le bien commun est aussi un choix exigeant. C’est poser un acte responsable : faire de son mieux en conduisant des actions au bénéfice de tous, et notamment des plus fragiles, tout en gérant au mieux les moyens humains, financiers et matériels mis à notre disposition et en impliquant les citoyens, Il convient que chacun se sente impliqué dans la vie de la communauté et puisse participer à la mesure de ses moyens.



Qu'est ce qui vous passionne le plus ?


Ce qui me fait aimer ce métier, c’est sa diversité et l’occasion qu’il nous donne d’oeuvrer concrètement pour améliorer le quotidien des habitants. Il y a une dimension stratégique en pensant au long terme, à l’aménagement du territoire, à son développement futur tout en œuvrant de manière très opérationnelle sur les petites choses du quotidien. Chaque habitant a des attentes particulières auxquelles il faut répondre tout en développant un projet d’ensemble. Cela nécessite beaucoup d’agilité pour réaliser ce grand écart permanent, « la tête dans les étoiles mais les pieds sur terre ».

Le deuxième aspect passionnant, c’est le management des équipes. Un mandat réussi, c’est la combinaison de deux objectifs : la mise en œuvre du programme choisi par les électeurs et l’adaptation des actions à la réalité du terrain ou du moment. C’est une combinaison subtile entre respect des engagements et pragmatisme. Pour cela, il faut donner du sens à l’action publique, partager les objectifs avec les équipes et les faire devenir acteurs dans la mise en œuvre opérationnelle des politiques publiques. Seule l’implication permet l’appropriation. C’est une condition impérative pour la poursuite d’un service public de qualité.

Enfin, dernier aspect extrêmement important, c’est le lien de confiance avec l’élu. En tant que plus proche collaborateur du maire, vous devez l’accompagner au quotidien, lui faciliter la vie, être celui sur lequel il peut se reposer, bien évidemment en restant à votre place de technicien. Lorsque la mayonnaise prend et qu’il y a cette réelle osmose entre l’élu et le collaborateur, c’est très épanouissant.



Ce journal étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez-vous un message à adresser ?


De ma modeste expérience et au vu des personnes que j’ai eu l’honneur de côtoyer, je me garderai bien d’avoir une vérité à adresser Ubi et Orbi. Néanmoins, si je n’avais qu’un mot à adresser à ces élus, à ces cadres qui s’engagent, ce serait « Merci et tenez bon ».

Ces fonctions nécessitent un niveau d’engagement inversement proportionnel à la reconnaissance qu’il faut en attendre. Et pourtant, au quotidien, avec bienveillance et abnégation, ces acteurs sont les piliers de la démocratie de proximité. Loin des caricatures ou des exceptions dont les médias sont friands, ils font vivre le lien social et sont souvent le dernier recours pour ceux qui ne savent plus vers qui se tourner. Et ce malgré la perte de valeurs dans notre société, malgré la perte de respect envers tout ce qui représente une autorité, malgré les contraintes administratives et juridiques, malgré les carcans budgétaires…

Enfin, pour terminer sur une note optimiste et joyeuse, je voudrais leur conseiller d’exercer leurs fonctions avec humour. L’humour, c’est la contraction d’humilité (indispensable pour ne pas se prendre au sérieux et remettre son ego à sa juste place) et amour de l’autre (indispensable pour se souvenir du sens de notre engagement). Cela permet en outre de relativiser les difficultés et de travailler dans une ambiance plus sereine et bienveillante.



Bio Express

1998 : Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon et d’un DESS Management des Collectivités

1998 : Chargé de Mission auprès du Secrétariat Général (Lyon)

1999 : Consultant en organisation et conduite de projets (Herbemont César et Associés puis BPI)

2005 : Directeur de Cabinet et de la Communication (Contrexéville puis Carquefou)

2014 : Directeur Général des Services (Carquefou)


La rédaction

©2019 - Le Mag des Territoires est une marque du Groupe : DELBOPRESSE      Mentions légales et confidentialités