Grand Entretien avec Philippe JULLIARD

Philippe JULLIARD est directeur de cabinet de la ville de Nogent-sur-Marne.



Pourquoi et comment s'engager en tant que directeur de cabinet ?


Par passion pour l’action publique. J’ai grandi dans une famille très impliquée dans le monde associatif et politique. Les débats étaient récurrents, passionnés et passionnants sur l’ensemble des sujets. Tout jeune déjà, j’écrivais des courriers au Président de la République lorsque je n’étais pas d’accord avec les décisions prises et je me suis très vite impliqué dans des associations. Je rédigeais également certains discours de mon grand-père, ancien élu local et Président de l’association des anciens combattants de la Résistance (section Haute-Savoie).

La politique et l’engagement ont donc fait partie intégrante de mon éducation. Non pas la politique partisane, mais bien la politique au sens noble du terme, c’est-à-dire l’engagement au service des autres et la volonté de faire avancer concrètement les choses.

Pour mes études, je me suis donc orienté tout naturellement vers un cursus en droit public et en sciences politiques avec l’ambition affichée de travailler auprès d’élus, au service de mes concitoyens. Une fois mon diplôme en poche, j’ai ainsi travaillé au Parlement, dans un conseil régional et dans plusieurs municipalités en étant successivement assistant parlementaire, attaché politique, collaborateur politique… jusqu’à devenir le Directeur du Cabinet du Maire de Nogent-sur-Marne, une ville d’exception, connue et reconnue pour la qualité de sa gestion et de son cadre de vie.


Qu'est-ce que l'engagement républicain pour vous ?


C’est l’engagement au service de l’intérêt général, en ne perdant pas de vue que ce dernier n’est pas la simple addition des intérêts particuliers. En France, au fil des siècles s’est forgée une vision très étendue de cet intérêt général et, par extension, de son corollaire qu’est le service public. Je fais partie de ceux qui pensent que les municipalités ne sont pas une agrégation de différents services à la population mais bien un seul et même service public qui accompagne les habitants dans leur quotidien. L’engagement républicain, à mon niveau, consiste donc à agir pour rendre ce service public le plus efficient possible, sans dogmatisme ni parti pris. Comprenez bien qu’il n’y a pas une crèche de droite ou de gauche, une voirie de droite ou de gauche ou une école de droite ou de gauche. Une municipalité c’est un Tout où chaque idée est bonne à prendre pour faire avancer les choses.


Qu'est-ce qui vous passionne le plus ?


Sans aucune hésitation : la diversité des missions qui incombent à un poste tel que le mien. L’échelon municipal est celui où la politique est la plus concrète, la plus directe, celle que l’on peut voir et toucher. En l’espace d’un mandat vous avez la possibilité de faire naître et aboutir de superbes projets et d’améliorer sensiblement le quotidien des habitants.

En tant que premier collaborateur du Maire, je me dois d’être sur tous les sujets, en veille permanente, de conseiller les élus et les représenter le cas échéant, d’apporter des idées nouvelles, des modes d’organisation et de gestion, d’aider au portage des projets stratégiques, d’assurer le lien permanent entre la collectivité et les administrés, de m’assurer qu’une réponse précise et efficace soient apportée à chaque demande, de valoriser l’action de la municipalité.

Comprenez bien qu’il n’y a pas une fiche de poste précise qui dicterait ce que doit être un Directeur de Cabinet. Au contraire ! Il existe autant de type de Directeurs de Cabinet que de type de Maires. Ce poste, nous avons la possibilité d’en faire ce que nous voulons. C’est un rôle sur-mesure que l’autorité territoriale forge en fonction de ses attentes et de ses besoins. C’est réellement stimulant. Bien évidemment, cette place à part dans la collectivité suppose d’être en phase avec l’autorité territoriale quant à la politique qui est menée, mais sans sombrer dans un rôle de simple exécutant. Notre but est de conseiller au mieux l’autorité locale, quitte à devoir parfois faire bouger les lignes et confronter nos idées. Cependant, j’ai eu la chance d’avoir toujours travaillé pour des élus ayant une conception très exigeante de notre mission. Hier avec Christian Demuynck à Neuilly-Plaisance ou aujourd’hui à Nogent aux côtés de Jacques J.P. Martin, le mot d’ordre reste le même : la proximité et la réactivité au service des habitants !


Ce journal étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez-vous un message à adresser ?


Les collectivités locales en général et les municipalités en particulier vont avoir de grands défis à relever dans les prochaines années. Il ne faut donc pas avoir peur de changer de paradigme. Dans un monde où les crises se succèdent, où l’argent public se fait de plus en plus rare, où les technologies et les façons de communiquer évoluent à un rythme effréné, nous sommes obligés de changer nos modes de fonctionnement et d’innover en permanence pour être toujours au plus près du terrain.

Malheureusement, les réformes territoriales qui s’enchaînent depuis le début des années 2000 vont dans le sens du « toujours plus gros », souvent synonyme de « toujours plus loin » des besoins des habitants. Mais, n’en déplaise à certains technocrates qui ne pensent qu’à dissoudre les communes dans des superstructures administratives hors-sols et à leur retirer toute autonomie budgétaire et toutes compétences fondamentales, la proximité a encore de beaux jours devant elle !

Le Grand Débat National et la crise sanitaire ont en effet rappelé le rôle moteur des municipalités dans l’organisation de notre République ainsi que le bien-fondé du principe de subsidiarité.

Espérons que, dans les réformes territoriales à venir, le Gouvernement exprime sa confiance en nos élus locaux ainsi qu’aux agents qui soutiennent leur action. Ce sera tout l’enjeu des prochaines années pour que nous puissions sereinement et efficacement construire le « monde d’après ».

Alors retroussons nos manches et travaillons pour faire vivre ce beau service public !


La rédaction

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