Grand Entretien avec Olivier PETRONIO.

Olivier PETRONIO est directeur général des services de la ville de Poulx.

crédit photo : Communauté de Communes de petite Camargue

Pourquoi et comment s'engager en tant que directeur général des services ?


Me concernant, cela s’est fait par hasard. J’ai toujours été attiré par le service public et, parallèlement à mes années lycée, je me suis engagé comme sapeur-pompier volontaire pendant 5 ans.

J’ai ensuite été recruté dans une mairie, profitant du dispositif emploi-jeunes, et j’ai apprécié les missions variées d’une collectivité. Je me suis alors investi afin d’évoluer professionnellement, en préparant les concours qui m’ont permis de gravir les échelons. En 2013, je suis devenu cadre territorial. Parallèlement, j’ai formé des candidats au concours par le biais du CNFPT, participé à des corrections ou jury pour plusieurs centres de gestion, accompagné des cadres stagiaires dans leur formation d’intégration auprès de l’INSET, et enseigné pour les universités de Montpellier et de Nîmes.

Ainsi, les étudiants apprennent dans leur cursus le fonctionnement des administrations tout en préparant les concours afin de pouvoir être inscrits sur liste d’aptitude. Il est donc envisageable d’exercer des responsabilités immédiatement.

Pour ma part, j’ai gravi les marches progressivement, ce qui est un atout notamment dans la fonction managériales.

J’ai aussi été dirigeant sportif, élu local, et toutes ces fonctions m’aident à mieux appréhender mon métier grâce à l’expérience acquise pendant mon parcours.



Qu'est-ce que l'engagement républicain pour vous ?


« Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays »

J’aime beaucoup cette citation de Kennedy.

Plus localement, la République est une et indivisible quand elle offre à ses citoyens la liberté, l’égalité de traitement entre eux, qu’elle prône la fraternité et quelle garantit la liberté de conscience de croire ou de ne pas croire à une religion.

J’aime quand, que ce soit en 2008 avec la crise des « subprimes » ou en 2020 avec la COVID, l’État providence intervient afin de limiter les effets de la crise, et que nos services publics en sont de formidables amortisseurs.

Il est important de donner du sens à son travail pour s’épanouir, et cet engagement y contribue. Je suis incapable de vous indiquer l’homme que je serai sans ma vie publique !

Je ressens une immense fierté de servir mon administration, d’orienter des décisions vers l’intérêt général, de prodiguer des conseils sans être personnellement intéressé, ma démarche reste totalement philanthropique !

L’engagement républicain repose à mon sens sur un partage de valeurs communes au-delà des appartenances ou orientations sociales, religieuses, géographiques ou sexuelles. Ceci est d’autant plus important car chacun ressent des divisions fortes au sein de la population française et le risque de fragmentation n’est pas à écarter.


Qu'est-ce qui vous passionne le plus ?


J’ai longtemps pratiqué le triathlon en compétition et j’aimais l’enchainement des disciplines au sein d’un même sport. Je retrouve cette pluri disciplinarité dans mon métier. Enchainer les sujets diversifiés dans une même journée ne peut créer de lassitudes, et cela oblige à rester mobilisé, faire preuve d’organisation, de rigueur.

J’apprécie principalement le rapport humain, même s’il est parfois chronophage et qu’il engendre des déceptions. J’adore la diversité des interlocuteurs que je rencontre, élus, agents, acteurs économiques, partenaires institutionnels, tissu associatif, administrés.

Je ne saurai pas préciser la thématique vers laquelle je me dirigerai si j’abandonnais ma fonction de DGS. Alors, je continue à me spécialiser dans la généralité comme je dis souvent.


Ce journal étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez vous un message à adresser ?


Je me garderai bien de dispenser des conseils car ces engagements nécessitent beaucoup d’humilité. Nos fonctions avant d’être prenantes, sont surtout passionnantes. Il faut donc les appréhender avec enthousiasme et envie.

Je regrette fortement les nombreuses critiques dont font preuve les élus, alors que la plupart sont bénévoles, dépensent beaucoup en temps et énergie, au détriment de leur vie personnelle. D’ailleurs, l’environnement familial souffre beaucoup de ces engagements, que ce soit de manière directe avec l’absence de la personne engagée ou indirecte avec des comportements à leur égard parfois complexes.

Je crois que nous devons constamment défendre, expliquer, préciser les décisions que nous prenons, non seulement pour les justifier, mais aussi pour rappeler au quotidien la défense inlassable de l’intérêt général. Encore plus aujourd’hui, nous devons assurer le service après-vente, y compris auprès de notre entourage lors des rassemblements familiaux.


Un mot sur la gestion du confinement et cette période inédite


Comme tout le monde je crois, beaucoup d’incertitudes et de doutes, sachant que le déconfinement n’a pas pour autant « classée » l’affaire.

Difficile d’indiquer ce que sera l’avenir, quid sur la rentrée des classes, la gestion de la restauration scolaire.

En cas de suspicion, l’école fermera-t-elle pendant 14 jours ? Comment vont s’organiser les familles ?

Le mouvement associatif aura-t-il la possibilité de continuer à proposer des activités à ses adhérents, tant dans le domaine sportif et culturel ?

L’avenir reste anxiogène et j’espère chaque jour qu’un traitement ou un vaccin puissent permettre de renouer avec ce que nous avons toujours connu et qui rend notre mode de vie si appréciée dans le monde : prendre les transports en commun, assister à une rencontre sportive ou un concert, se réunir sans suspicion de l’interlocuteur d’en face.

Mais avant cela, il y a ceux qui économiquement souffrent de cette crise, avec le chômage partiel, la fermeture des entreprises, les modes de vies qui mutent. Je suis optimiste quand je vois les commerces de proximité qui accueillent une nouvelle clientèle attiré par la proximité et les circuits courts, et plus dubitatif quand le numérique accélère l’ « uberisation » de la société.



La rédaction