Grand entretien avec Nicolas TRYZNA

Mis à jour : janv. 19

Nicolas TRYZNA est Adjoint au Maire de Thiais , délégué à la Jeunesse, à la Transition Écologique et au Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance et conseiller départemental.



Pourquoi et comment s'engager ?

L’engagement politique est, à mon sens, l’envie de pouvoir agir.

On ne fait pas de la politique par hasard. C’est un engagement qui se prépare dans le temps long. Pour être un bon élu local, il me semble nécessaire de passer différentes étapes : avoir le goût de la chose publique, connaître le fonctionnement des collectivités et prendre conscience de son rôle d’élu.

En 2005, étudiant à peine bachelier, j’ai milité activement, avec un petit groupe d’étudiants, contre le blocage des universités. Ce mouvement a duré 2 mois et j’ai compris que cette aventure collective m’avait plu et m’avait donné le goût de la chose publique. Pour la première fois, ensemble, nous avions participé à un mouvement dans l’intérêt commun. J’ai continué le militantisme, plus tard, chez les jeunes UMP. L’engagement collectif pour faire évoluer les choses m’avait convaincu.

En 2012, le Député-maire de Thiais, Richard DELL’AGNOLA m’a fait confiance en me proposant, à 25 ans, de devenir son directeur de cabinet. Ce fut la 2nde étape de mon parcours : la découverte du fonctionnement des collectivités de l’intérieur. J’y ai aussi appris la nécessité de trouver le juste équilibre entre les demandes particulières et l’intérêt général, ainsi que la force de la parole donnée. L’ultime étape fut celle du passage de l’autre côté du miroir en devenant élu local : d’abord conseiller départemental, en 2017, puis adjoint au maire, depuis mai 2020. Cette fois, j’ai pris la pleine mesure du rôle et des responsabilités de l’élu : sa parole et sa signature ont une réelle importance et il peut concrètement agir et faire bouger les lignes !

Je considère que ces trois étapes sont nécessaires car on ne peut s’engager en politique sans esprit militant et volonté du travail en commun, ni sans connaître intimement la vie et la complexité de nos collectivités ou prendre en compte l’importance symbolique de nos mandats. Grâce à cela, on peut réellement agir et obtenir des résultats !


Qu'est-ce que l'engagement républicain pour vous ?

L’engagement républicain est la volonté de s’engager ensemble pour construire un avenir meilleur. Cet idéal se construit prioritairement, pour moi, autour des valeurs de Nation et d’éducation. Je crois profondément au concept de Nation, c’est-à-dire une valeur commune qui nous regroupe sans les différences liées à nos origines ou à nos idéologies. Je me sens totalement français et pourtant j’ai du sang tchèque, russe et sans doute un peu italien et espagnol. Au moins deux de mes arrière-grand-pères ne parlaient pas français quand ils sont arrivés en France et pourtant leurs fils (mes deux grands pères) ont combattu en 1940, l’un médaillé de guerre et l’autre maquisard. Ils étaient totalement français et croyaient à l’idéal républicain d’une Nation une et indivisible. À une époque où certaines communautés revendiquent une adaptabilité du modèle républicain, je pense au contraire qu’il est nécessaire que l’idéal républicain soit le socle commun où chaque citoyen doit pouvoir se reconnaître. Je crois aussi à l’idéal républicain d’une école qui permette à chaque jeune français de réussir s’il en a les capacités. Je suis un élu de banlieue parisienne et je refuse absolument que les collégiens des villes de mon canton n’aient pas les mêmes chances de réussir que ceux nés dans les beaux quartiers parisiens. C’est aussi ça l’idéal républicain et l’une des causes de mon engagement.


Qu'est-ce qui vous passionne le plus ?

Lorsque le maire de Thiais m’a fait confiance en me choisissant comme adjoint, il m’a confié la délégation de la transition écologique, un sujet qui me passionne. Ce n’est pas un simple effet de mode mais un vrai changement de perception de nos actions. Je ne crois pas à une écologie punitive, faite contre les citoyens, mais à une écologie qui se construit avec eux. Nous devons penser de nouveaux modes de vie, développer une consommation plus responsable, prévoir un environnement plus apaisé avec des transports plus faibles en émissions de gaz à effet de serre. Cette révolution intellectuelle nous devons la concevoir à plusieurs échelles, notamment au niveau de nos villes. Nous pouvons, comme nous le faisons déjà à Thiais, promouvoir des actions pour préserver la biodiversité, multiplier des apports en énergie (comme la géothermie ou le solaire), améliorer la pédagogie avec les enfants des écoles qui sont les citoyens de demain, instaurer des règles éco-responsables dans les projets de bâtiments publics… Les citoyens sont intéressés par ces projets qui doivent toujours se faire avec eux. Il ne s’agit pas de greenwashing mais de considérer que le développement durable nécessite du temps pour se mettre en place. Cela changera radicalement l’avenir de nos villes. Cette évolution n’est pas simple car elle est parfois plus onéreuse et souvent plus complexe mais elle correspond à un nécessaire changement.


Ce Magazine étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez-vous un message à adresser ?

Il est difficile de répondre à cette question car chaque élu a sa propre interprétation de son rôle et de la perception de ses besoins.

Néanmoins, je pense discerner deux messages : le renforcement de la décentralisation et la nécessaire simplification des process.

Tout d’abord, la crise sanitaire actuelle a montré que plus les décisions étaient prises loin du terrain et moins elles étaient adaptées et acceptées. Sans les communes, les départements ou les régions, les citoyens auraient dû longtemps attendre les masques ou les tests… Cette crise a montré l’importance des exécutifs locaux et il me semble nécessaire de renforcer leurs pouvoirs d’intervention, alors que nous assistons plutôt aujourd’hui à une tentative de recentralisation.

L’autre sujet, est celui de la simplification de la décision. Monter un projet devient de plus en plus difficile non pas parce qu’il est compliqué mais car il va se heurter à énormément de législations et de contraintes administratives.

Une vraie réforme des politiques publiques permettrait de diminuer le nombre d’acteurs. Il est quand même surprenant qu’aujourd’hui, les représentants de l’Etat puissent être en désaccords entre eux car ils ne sont pas issus de la même agence ou du même ministère. Au niveau des élus locaux, la multiplication toujours plus importante des strates de décisions (commune, département, région, EPT et Métropole du Grand Paris, syndicats intercommunaux mixtes ou non.) alourdit le processus et ralentit toute décision. Pour cela, je pense qu’il faut fortement simplifier le dispositif et remettre réellement l’élu de proximité, légitime représentant du peuple, au cœur de la décision.



En quelques dates :

2006 : Engagement contre le blocage des universités, création d’une association étudiante, puis membre élu des conseils centraux de l’Université Paris I Panthéon Sorbonne

2009 : Nomination comme responsable départemental des Jeunes UMP du Val-de-Marne, puis Délégué national à partir de 2013

2013 : Directeur de Cabinet du Maire de Thiais

2017 : Conseiller départemental du Val-de-Marne

2020 : Adjoint au Maire de Thiais, délégué à la Jeunesse, à la Transition Écologique et au Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance


La rédaction.