Grand entretien avec Nicolas Princen

IL FOURNIT DES MILLIONS DE LIVRES AUX COLLECTIVITÉS

POUR FAIRE LIRE ET RÉUSSIR LA NOUVELLE GÉNÉRATION D'ÉLÈVES



L'entrepreneur, ancien conseiller numérique de l'Elysée lance Glose Education, une plateforme numérique pour équiper les établissements scolaires d'une bibliothèque de milliers de livres numériques. Sa vision : rendre la lecture plus collaborative, interactive et excitante, pour ramener au livre la nouvelle génération des "digital natives". Sa solution : distribuer des milliers de livres numériques aux établissements scolaires dans une solution qui rend la lecture interactive et collaborative - pour lire ensemble à l'école comme à la maison. Une opportunité pour les collectivités d'équiper chaque famille d'une bibliothèque entière, accessible partout et tout le temps, qui suivra l'enfant tout au long de sa vie. 


FAIRE LIRE LA NOUVELLE GÉNÉRATION EN CLASSE COMME À LA MAISON :

Nicolas Princen est un homme pressé avec une mission urgente : amener à la lecture la nouvelle génération d'élèves. Mission ambitieuse pour cet entrepreneur énergique à la tête d'une société technologique d'une trentaine de personnes. Sollicité par les collèges, lycées, universités et collectivités sur le territoire pour sa solution de lecture numérique, il ne tient pas en place et jongle en permanence entre anecdotes de terrain, analyse historique, sciences de l'éducation et données statistiques mondiales. "La lecture est un des piliers fondamentaux et insubstituables de l'apprentissage. Confirmé par 3000 ans d'histoire comme par les découvertes récentes des neurosciences.  Et qu'a fait le numérique pour améliorer la lecture? Pas grand chose. Pire, le numérique a tendance à déporter les élèves de la lecture et du livre, qui sont la clé de la communication et de la transmission du savoir et des histoires de génération en génération". 

UN CONSTAT INQUIÉTANT : LE DÉCROCHAGE DES JEUNES FRANÇAIS DANS LA LECTURE ET LA COMPRÉHENSION : 

"La crise de la lecture se constate localement quand vous avez des classes entières de décrocheurs, mais aussi internationalement dans des études qui nous forcent à réagir" explique Princen. Dans le classement PISA de 2016, l'OCDE mesurait la compréhension de l'écrit des élèves de 15 ans. La France s'est classée 25ème sur 32, derrière la Slovénie ou le Vietnam dans une hiérarchie dominée par la Chine et qui a souligné que nous avions en plus le système le plus inégalitaire. Même tendance dans le classement PIRLS 2016 qui testait des élèves de CM1 sur la compréhension de l'écrit" La France se classait loin en dessous de la moyenne européenne, derrière la Bulgarie, la Lituanie ou la Pologne, avec une dégradation spectaculaire de sa note. Le rapport insistait sur le fait que les enseignants français étaient moins nombreux que leurs collègues européens à proposer à leurs élèves chaque semaine des activités susceptibles de développer leurs compétences en lecture et compréhension de l’écrit.

"Notre solution a été construite pour s'attaquer à ces problèmes en aidant les familles et les enseignants" explique Nicolas Princen. Ses trois objectifs : rendre les livres plus accessibles, rendre la lecture plus engageante pour une génération née dans les écrans, et aider les jeunes à développer des habitudes de lecture à l'école mais aussi en dehors. C'est chose faite avec Glose Éducation, une solution numérique scolaire qui permet de découvrir, lire et échanger autour des livres numériques sur tous les écrans - ordinateurs, tablettes et smartphones. La solution est disponible depuis quelques jours, et déjà adoptée par par 1000 établissement, directement ou via les collectivités territoriales. 



POUR CHAQUE ELEVE : DES MILLIERS DE LIVRES NUMÉRIQUES POUR LE PRIX D'UN LIVRE PAPIER ET UNE SOLUTION POUR L'ÉGALITÉ DES CHANCES. 

Le premier but de Glose Education est de faciliter considérablement l'accès aux livres. Sur Glose, un élève peut découvrir près d'1 million de livres numériques : commencer à lire gratuitement et trouver ce qui lui plaît avant de la commander via le CDI de son établissement. Mais surtout, Glose propose une bibliothèque de textes fondamentaux de plus de 4000 oeuvres - fournies directement à chaque élève ou professeur utilisateur de la plateforme. "Grâce au numérique, on peut offrir à chaque élève une bibliothèque entière pour le prix d'un livre de Poche, dans lequel il va retrouver tous les classiques de la littérature mais aussi des sciences humaines - de quoi l'accompagner tout au long de ses études". Objectif avoué : réduire le coût d'accès aux oeuvre d'un facteur de 1000 pour s'attaquer aux inégalités. Inégalités économiques et sociales dans l'accès aux livres, aussi bien dans les moyens pour acheter des livres que dans l'encouragement à lire à la maison. Inégalités géographiques et territoriales, quand on compte une librairie pour 4000 habitants à Paris, contre une pour 40,000 en Seine Saint Denis. C'est un écart de 1 à 10, qui a un coût social dramatique. Inégalités liées au handicap qui rend la lecture et l'école difficiles pour les dyslexiques et dyspraxiques - qui peuvent représenter jusqu'à 10% d'une classe. "Avec Glose Education, pour quelques euros par an, on équipe chaque enfant d'une bibliothèque disponible depuis son smartphone - ouverte 24h sur 24h - dans une application qui va lui donner envie de lire plus". 

GLOSE EDUCATION : UNE SOLUTION POUR RENDRE LA LECTURE EXCITANTE POUR LES ÉLÈVES 

Car au delà de cet accès pas cher aux oeuvres, il fallait développer une expérience qui rende la lecture plus engageante sur les écrans. Le plus difficile n'est pas de numériser les contenus, mais de créer de l'engagement côté élève. En bref : donner envie. Sur Glose Éducation, les élèves peuvent lire ensemble, échanger des notes dans la marge du texte, exprimer leurs émotions avec des emojis, demander l'aide de leur professeur en temps réel. Ils peuvent faire tout ca sur un ordinateur ou un smartphone, à l'école ou depuis chez eux. "Ça ressemble à un réseau social construit autour des livres. Cet environnement familier reprend tout ce qu'ils aiment dans les réseaux sociaux (le partage, l'interactivité, la personnalisation), mais le met au service d'une lecture exigeante et structurée" explique Nicolas Princen. "Cette dimension interactive et collaborative les encourage à lire plus et à s'entraider quand les textes sont difficiles. Ils prennent l'habitude aussi d'ouvrir leur livre numérique en dehors de la classe grâce au côté mobile - et à se créer des moments de lecture nouveaux. Surtout ceux qui sont des petits lecteurs : les professeurs nous rapportent que des élèves qui ne lisaient jamais de livre papier se mettent à lire simplement parce que c'est sur leur smartphone et qu'avec les commentaires des copains ils se sentaient moins intimidés face au texte et plus encouragés à persister dans les oeuvres". 

GLOSE EDUCATION : UNE SOLUTION DÉVELOPPÉE SUR LE TERRAIN ET DÉPLOYÉE DANS LES TERRITOIRES : 

Les professeurs ont été les premiers utilisateurs de Glose, ce qui a mené à une collaboration étroite avec la direction du numérique du ministère de l'éducation nationale, qui a permis des déploiements test dans trois académies. C'est là, avec les professeurs, inspecteurs, DANEs et collectivités que Glose a peaufiné sa solution - pour répondre aux exigences de chacun. Un travail de R&D reconnu par BPI France qui a décerné le Concours Mondial de l'Innovation à la jeune entreprise. "Les professeurs sont le maillon indispensable et souvent inconsidéré de la chaîne du livre. Celui qui donne envie de lire, qui apprend à lire attentivement, qui élargit les horizons, qui encourage, qui pousse à des bonnes habitudes - c'est souvent le prof, surtout auprès d'élèves qui ne sont pas soutenus à la maison". Aussi Glose permet aux professeurs de suivre les lectures de leurs élève grâce aux données de lecture ("datas") qui permettent d'identifier les élèves décrocheurs ou en difficulté. "Quand on aide le professeur, on aide l'élève" explique Princen "donc nous développons ce que les professeurs nous demandent pour les aider dans leur travail". Un maillon bien compris par les collectivités qui ont saisi qu'il n'y aurait pas de numérique éducatif sans aider les professeurs. 

UNE SOLUTION POUR LES TERRITOIRES ENGAGÉS POUR LA LECTURE

Les collectivités sont un acteur clé de la lecture, qui peuvent déployer Glose Education dans leurs établissement en quelques jours et ainsi distribuer des millions de livres numériques aux élèves et aux familles. "C'est comme si elles doublaient le CDI réel d'un super CDI numérique avec 100 fois plus de livres, ouvert 24h/24 et qui tient dans toutes les poches". Les collectivités peuvent personnaliser la solution, par exemple pour promouvoir leurs auteurs locaux ou encore les romans qui évoquent leur territoire. L'établissement peut créer son CDI numérique avec des listes de lecture. Il y a aussi des contenus qui permettent l'orientation, l'éducation aux médias, pour développer la lecture plaisir, le développement personnel - autant de sujets essentiels pour répondre aux besoins des adolescents. 

"Les jeunes fréquentent moins les librairies et les bibliothèques. Aussi, la meilleur facon pour un service public éducatif de les toucher, c'est encore d'exister dans leur smartphone. C'est ce que nous faisons avec Glose". L'entrepreneur explique qu'un élève qui utilise Glose Education en classe, puis télécharge l'application sur son smartphone personnel, a 80% de chances de retourner dans son livre en dehors de la classe. "Le smartphone, c'est paradoxalement le meilleur outil pour créer de la lecture quotidienne pour le plus grand nombre". 

C'est là la conviction profonde de Glose : qu'après avoir éloigné la nouvelle génération des livres, le numérique permette de les rapprocher de nouveau. Pour cela, il faut penser l'accès aux oeuvres comme un service public éducatif ancré dans les usages des élèves et des professeurs, et la réalité les territoires. 

Interview : 


Vous qui étiez un pionnier du numérique au service de l'État, où en est-on de la numérisation de l'éducation en France? 

Je crois que nous arrivons au stade le plus décisif. 4 chantiers homériques se sont enchaînés depuis presque 30 ans pour l'État et les collectivités. Le premier chantier était télécom : celui de connecter les écoles au réseau Internet. Le second a été d'organiser le déploiement d'équipements ou "hardware" : c'est l'achat de tablettes et d'ordinateurs. Le troisième a été d'organiser les outils d'accès et de gestion de vie scolaire - les Espaces Numériques de Travail (ENT). Ces chantiers sont largement derrière nous. Maintenant nous entrons dans les 2 derniers chantiers, qui sont stratégiques car ils vont valider ou invalider tout ce qui a été fait avant. Il s'agit du chantier des outils, logiciels et contenus numériques qui vont effectivement améliorer l'enseignement et l'apprentissage (4) et celui des données qui vont prouver des résultats et permettre d'accompagner chaque élève individuellement vers la réussite (5). C'est finalement maintenant que ça se joue : est-ce que ces milliards d'investissement vont générer un usage réel et utile qui serve le travail des professeurs, le développement de nos enfants - et cela de façon mesurable et objective ? C'est dans les 5 prochaines années qu'on va le savoir et la réussite dépendra autant des choix des collectivités que de le qualité des solutions technologiques qui sont développées pour servir l'éducation. 


Comment voyez-vous le défi de la numérisation de l'éducation dans les années qui viennent? 

Je pense qu'il va falloir intensifier le dialogue entre 3 parties prenantes : les collectivités qui équipent les établissements et les familles d'une part, le ministère de l'éducation (ses services, ses académies, ses professeurs) qui maîtrisent la pédagogie d'autre part, mais aussi les acteurs de l'innovation qui créent les solutions qui vont effectivement apporter de réels progrès. Ce qui m'inquiète, c'est de voir le peu de services innovants qui existent dans l'Ed Tech francais, et de voir des professeurs contraints de se tourner vers des solutions étrangères pour innover. C'est une des raisons qui m'a poussé à créer Glose Education. Je crois que nous devons être souverains sur les outils essentiels d'apprentissage de nos élèves. Car les outils ne sont pas neutres et comptent parfois autant que les contenus. 

Vous parlez des données dans tout ca?

Les données éducatives sont la révolution au sein de la révolution numérique. Elles permettent de mieux suivre le travail des élèves, et de s'assurer que chacun progresse. Sur Glose Education par exemple, un professeur peut simplement vérifier si les lectures données ont été faites ou non. Il peut identifier un élève en difficulté de lecture ou un décrocheur, et intervenir rapidement pour aider ceux qui en ont besoin avant qu'ils ne se découragent. Les données sont la clé de la différenciation de l'enseignement et de la personnalisation du suivi, deux conditions de l'égalité des chances. Et cela marche d'autant mieux que les élèves savent qu'ils sont suivis individuellement, et n'en sont que plus incités et encouragés à aller jusqu'au bout de leurs effort. 


Que pensez-vous de l'interdiction des smartphones en classes : 

Le ministre de l'éducation a raison de vouloir encadrer l'usage des smartphones au collège. Il constate dans les écoles ce que chacun constate dans sa famille ou pour lui-même : il est difficile de contrôler son usage des smartphones, car il y a quelque chose d'addictif là-dedans qui peut faire obstacle à la sociabilité et à la concentration. L'école est dans son rôle quand elle protége d'un usage excessif de ces technologies. Mais il y a aussi un autre rôle tout aussi important, qui recouvre une opportunité historique. C'est celui d'éduquer à un usage intelligent de ces technologies. C'est par exemple le but de l'enseignement de l"EMI (éducation aux médias et à l'information), qui fait des professeurs documentalistes des vrais coachs de numérique pour nos élèves, qui vont sélectionner des applications utiles et pertinentes, et y former les élèves. L'école a une place à prendre dans le fait de faire découvrir et encourager à des usages intelligents des smartphones, qui serve l'apprentissage au et le développement des élèves. Mais pour cela il faut découvrir, tester, prouver et investir dans des solutions qui apportent effectivement des résultats positifs. C'est notre ambition avec Glose Education que d'être un de ces outils qui va remplir la tête des élèves plutôt que de les vider! 

Où en sont les collectivités dans leur passage au numérique ? 

Il existe des inégalités fortes sur notre territoire mais nous voyons quand même une accélération forte, avec des initiatives tout numérique spectaculaires dans certaines régions et des élus volontaires et compétents dans leurs choix. Je constate que cette rentrée a vu une accélération du manuel scolaire numérique, qui me paraît être un bon point de départ pour l'investissement des collectivités qui représente des économies importantes pour les familles. Cependant le manuel scolaire est un objet utilitaire qui ne développe pas la passion d'apprendre, ou de l'engagement en dehors du seul temps scolaire. Le livre a une infinie richesse. Et peut développer de bonnes habitudes pour la vie. Surtout que pour le prix d'un manuel scolaire on pourrait financier des milliers de livres pour chaque élève! Je constate déjà que les collectivités sont sensibles au fait de pouvoir offrir une bibliothèque entière à chaque famille pour une fraction du prix des manuels scolaires. 


- Vous n'avez pas peur que le numérique menace les libraires. 

Absolument pas, pour 2 raisons. Premièrement, nous sommes libraires et nous appelons les libraires papier à référencer leur offre sur notre plateforme - qui leur est ouverte. Nou sollicitons le syndicat national des libraires à ce propos. Un élève qui navigue dans notre librairie doit pouvoir trouver en click la librairie de proximité où il pourra acheter le livre papier. 

Deuxièmement, de manière plus profonde, ce qui nous marque sur le terrain ce n'est pas du tout un livre papier menacé par le livre numérique. C'est plutôt la marginalisation du livre tout court - qui devient un produit de niche réservé à la tête de classe - et perçu comme lointain, au mieux ennuyeux, au pire restreint à une classe sociale qui pour une majorité d'élèves n'est pas la leur. La menace c'est l'obsolescence du livre comme format et de la lecture comme activité, face à la concurence des formats et activités mobiles comme la consommation de vidéos ou les jeux vidéo. Mais dans cette menace il y a une opportunité : celle d'utiliser les outils du numérique pour repenser la lecture à l'ère des smartphones, et la rendre plus adaptée à ce nouveau public en s'inspirant de ce que les jeunes aiment : l'échange, la collaboration, l'interactivité. Ce qu'on voit sur le terrain est clair avec notre solution : Glose Education ne transforme pas des lecteurs de livre papier en lecteurs de livres numériques, mais convertit des non-lecteurs ou petit lecteurs en lecteurs quotidiens grâce au numérique. 

Et ceux qui lisent en classe aujourd'hui avec nos solutions seront ceux qui iront demain en librairie pour acheter des lectures plaisir car ils auront développé un habitude et un goût. C'est non seulement ce que je constate, mais c'est ma conviction et - il me semble - une des seules opportunités pour effectivement élargir le marché du livre au lieu de le rétrécir. 

Vous avez l'air passionné par ce que vous faites mais c'est une mission difficile non? 

Beaucoup me disent que l'éducation est un secteur difficile, que travailler avec les collectivités est difficile. Je pense tout le contraire : travailler avec des professeurs ou des élus engagés n'est pas difficile, c'est enthousiasmant. Nous partageons le même engagement et avons à coeur de combattre les inégalités et de préparer le futur. Je ne vais pas reprocher aux élèves, parents, professeurs, proviseurs, personnels administratifs ou élus d'être très exigeants dans leurs choix d'équipement numérique - notamment lorsqu'il s'agit d'éducation. C'est cette exigence qui pousse mon équipe et moi-mème en avant. J'ai eu la chance de travailler dans les hautes sphères de l'État au début de ma carrière. L'exigence maximale comme l'obsession de l'intérêt général ne m'ont pas quitté - et inspirent notre travail au quotidien.