Grand Entretien avec Nicolas Husson.

Nicolas Husson est Adjoint au Maire de Lyon, délégué à la biodiversité, la nature en ville et à la protection animale.


Pourquoi et comment s'engager en tant qu'élu ?


Mon engagement politique s’inscrit dans la continuité de mon engagement associatif en faveur de la nature et de la biodiversité auprès de France Nature Environnement, ayant été président de FNE Rhône pendant plusieurs années.

J’ai fait le constat avec beaucoup d’autres que la protection de la nature, de la biodiversité et de l’environnement restaient des variables d’ajustement, alors qu’elles devraient être au cœur de tous projets ! Nous avons malheureusement trop tardé. Je crois néanmoins qu’un sursaut de prise de conscience émerge et c’est ce qu’ont choisi plus d’un million de Français.e.s lors des élections municipales en votant pour les listes écologistes.

C’est un changement de paradigme essentiel qui, selon moi, est encore plus fondamental aujourd’hui dans le contexte de crise sanitaire que nous traversons, l’urgence écologique et l’urgence sociale étant indissociables.


Qu'est-ce que l'engagement républicain pour vous ?


Dans son étymologie, la république n’autre que la chose publique. Encore faut-il définir cette « chose ». A mon sens, c’est s’engager pour ce qui nous relie, ce qui fait sens. En d’autres termes, cette chose essentielle, c’est la nature ainsi que la biodiversité qui l’habite. Aussi je rappellerai que l’homme fait partie du vivant, qu’il a sa place parmi les espèces et non au-dessus. Nous faisons partie d’un tout, mais nous l’avons oublié.

L’engagement, c’est aussi un devoir ! Notamment un devoir de réussite en mettant en œuvre le programme pour lequel nous avons été élu.e.s ! Il ne s’agit pas pour nous de proposer un projet pour ensuite le mettre à la poubelle… Et dans ce projet, la nature tient une place prépondérante, car c’est un élément clé pour rendre la ville plus douce, plus résiliente, et in fine plus humaine !

Mon engagement républicain vise ainsi à remettre l’homme à sa juste place, dans la nature, mais également dans une considération d’égalité entre hommes et femmes. S’engager de manière républicaine, c’est s’engager pour tous et toutes !

Enfin, l’engagement républicain ne doit pas s’arrêter aux frontières du mandat, mais bel et bien préparer demain ! Quand nous plantons des arbres, nous le faisons pour les 100 ans à venir, pour les générations futures également, tout comme nous bénéficions des arbres plantés pendant la période hygiéniste au XIXe siècle.


Qu'est-ce qui vous passionne le plus ?


De par mon passé militant associatif, j’ai bien évidemment une passion pour la préservation de la biodiversité, pour le respect des animaux et pour le développement de la nature en particulier dans un espace très urbanisé comme Lyon ! C’est d’ailleurs la délégation que m’a confiée le Maire de Lyon, Grégory Doucet !

Je souhaite mettre à profit mes connaissances et mes compétences dans ce domaine pour répondre aux enjeux du réchauffement climatique. Nous l’avons exprimé pendant la campagne : c’est le dernier mandat pour le climat ! A nous d’être créatif et surtout ambitieux pour apporter aux Lyonnaises et aux Lyonnais des réponses adaptées et consensuelles…

Je dis créatif, car le calendrier actuel ne nous permet plus de contrer le réchauffement climatique qui est en marche, tel que vient de le démontrer, ce mois-ci et une fois de plus une équipe de scientifiques, avec la fonte irrémédiable de la calotte polaire au Groenland. Aussi nous devrons nous attacher à l’adaptation et à la résilience au réchauffement et à ses effets. La nature représente un rempart en offrant de l’ombre, en créant des ilots de fraicheur, en filtrant les eaux de pluie, en absorbant le dioxyde de carbone, etc. Cela devra être fait avec intelligence, pour créer de véritables corridors écologiques, en réduisant l’artificialisation des sols, en pensant notamment aux pollinisateurs, à la sauvegarde des espèces locales. Ainsi, nous avons prévu de considérablement développer la végétation, avec la création de forêts urbaines, notamment sur les 80 hectares des balmes de Fourvière, le long des boucles de la Saône.


Ce défi est passionnant !


Ce journal étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez-vous un message à adresser ?


Il y a dans la société des réticences face à l’écologie et beaucoup ont tenté d’opposer l’économie à l’écologie. Il est indispensable de dépasser ce clivage, car l’économie est nécessairement conditionnée par l’écologie : si l’environnement n’est plus supportable, quels emplois subsisteront ? S’il n’y a plus d’eau ni d’insectes pollinisateurs, quelle agriculture sera possible ? Si les terres sont polluées, où pourrons-nous habiter ? L’écologie pose en réalité des questions auxquelles l’économie ne veut pas répondre. Pour autant, oublier ces questions signifie oblitérer le futur ! Et la technique n’apportera pas de réponses à tous les enjeux : il nous faut rester à l’écoute de la nature, qui donne sens à la vie et à nos vies humaines.

Nous expliquons, par exemple, depuis des années qu’il faut relocaliser l’économie et développer les circuits courts. La crise sanitaire n’a fait que confirmer nos propos et nos arguments. Encore faut-il que l’urgence sanitaire ne nous fasse pas oublier l’urgence écologique…

Nous proposons en fait une vision différente et une volonté de faire autrement. Cette différence ne représente qu’un déplacement du curseur de nos priorités. Et je sais que beaucoup de fonctionnaires ont aussi cette envie, car travailler dans le service public n’est ni plus ni moins qu’œuvrer pour le bien commun !


Bio express


J’ai toujours eu de l’empathie pour la nature, que ce soit pendant mes loisirs (beaucoup de randonnée) ou durant mes études (bac +5 en pollutions chimiques et environnement). J’ai quitté la région parisienne et ses nuisances (pollutions, transports, etc.) pour m’installer à Lyon il y a 15 ans. J’apprécie cette belle ville, rythmée par le Rhône et la Saône, qui accueille la nature pour le bénéfice de ses habitant.e.s. Loin de l’esprit de compétition de métropolisation internationale, je considère que la réussite du mandat des écologistes se mesurera à l’aune du bien-être…


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