Grand entretien avec Nicolas Gérault

Nicolas Gérault est directeur général des services de la Mairie de Ribécourt-Dreslincourt.

crédit photo Nicolas Gernez

Pourquoi et comment s’engager dans votre fonction ?


La fonction de Directeur Général des Services (DGS) est ,sans aucun doute, celle qui comporte le plus de dimensions au sein de la Fonction Publique territoriale tant au niveau de la réalité des missions exercées et des responsabilités assumées que des perspectives d’évolution de carrière. Ainsi ,dans les collectivités les plus petites ,le DGS devra faire preuve d’une technicité sans faille et maîtriser l’entièreté des domaines de délégation de cette dernière. En revanche, dans les structures plus importantes, l’aspect transversal prendra le pas et il devra alors revêtir davantage l’habit d’un chef d’orchestre maîtrisant autant la négociation avec une organisation syndicale, l’arbitrage financier que le lobbying auprès des services de l’État. Dès lors, un jeune diplômé qui souhaiterait embrasser cette vocation aurait la possibilité d’avoir un parcours professionnel riche, motivant et évolutif.


La singularité de cette fonction de DGS réside dans la possibilité d’accéder au poste de multiples façons tant au niveau du mode de recrutement que du profil du candidat. Il n’y a ,en effet ,pas de cursus type pour faire un bon DGS. Certains de mes collègues proviennent de la filière administrative, d’autres de la filière technique et certains sont également issus d’une expérience de management réussie dans le privé. Mais ,dans tous les cas ,le futur DGS devra posséder un profil de généraliste tant le champ des compétences à mettre en œuvre est important et développer de grandes qualités d’adaptation pour répondre aux changements conjoncturels ou politiques. La dernière qualité est, selon moi, une perception accrue de la chose publique et de l’intérêt général.


Qu’est-ce que l’engagement républicain pour vous ?


L’engagement républicain est ,à mon sens ,une notion propre à chacun mais qui se caractérise généralement par la façon dont il est possible de mettre en œuvre au quotidien les valeurs de la République sur toute ou partie du territoire National. Dès lors, cette action peut revêtir différentes formes :soit l’engagement au sein d’une association, soit la participation à la marche quotidienne de la République en qualité de fonctionnaire, ou enfin encore l’implication dans la conduite de cette dernière en briguant un mandat électif.


Il appartient bien sûr à chacun de déterminer quelle voie choisir. Depuis mon plus jeune âge, j’ai commencé par m’engager dans le prisme associatif alors le plus évident. Dès la sortie de la faculté, au début de ma carrière professionnelle, rejoindre la fonction publique apparaissait comme une certitude, et j’ai vite été séduit par l’échelon communal, représentant la subdivision la plus tenue de la République mais aussi la plus immédiate. Et 21 ans après, je ne regrette aucunement mon choix! Ce n’est que beaucoup plus tard que je me suis décidé , sur l’invitation de M. Laurent CAUDRON (Maire de Mercin-et-Vaux) ,à présenter ma candidature aux suffrages de mes concitoyens pour devenir adjoint au Maire et Président de Syndicat. Tout ceci pour démontrer la chose suivante : quel que soit le mode d’action utilisé, l’important est de porter les valeurs de respect, de concorde et d’unité prônées par notre République et de faire avancer ces dernières avec les moyens propres aux fonctions exercées. Ceci se traduisant soit par des actes, des décisions voire des politiques mises en place.



Qu’est-ce qui vous passionne le plus ?


Dans la multitude de mes engagements, deux choses me passionnent : le rapport à l’humain et la capacité à influer directement par son action sur les politiques et donc l’évolution d’un territoire donné.


Les relations humaines d’abord. Elles sont inévitables que ce soit pour un cadre territorial ou un élu local. Certes à des degrés sensiblement différents puisque le rapport « aux publics concernés » sont intrinsèquement différents, mais dans un cas comme dans l’autre, elles rythment le quotidien. Un DGS ,comme un élu ,se doit d’être à la fois en harmonie avec ses élus, le personnel qu’il encadre, les usagers fréquentant les services et qu’il lui arrive de rencontrer, sans parler des institutionnels, entreprises… Tout un champ varié de personnalités, milieux et compétences qui permettent inévitablement d’apprendre, échanger au travers des rencontres multiples et variées. C’est à la fois très enrichissant et motivant.


La capacité ensuite de faire évoluer son territoire. S’il est vrai que l’action du DGS se limite au cadre fixé par l’élu local, il n’en demeure pas moins que les moyens à mettre en œuvre, les ressources à rassembler relèvent bien de sa compétence. Quel plaisir de voir aboutir un projet de lotissement ou l’édification d’un nouveau bâtiment sachant quelles procédures il a fallu mobiliser, quelles embuches juridico-financières lever. Pour ma part ,voir évoluer et grandir la Commune où j’exerce est très motivant. Les projets ne manquent pas et, le rapport aux actions menées est immédiat !



Ce journal étant destiné aux élus et cadres territoriaux de France avez-vous un message à adresser ?


Oui, celui de préserver l’ancrage local et les modalités de décentralisation actuels. Certes ,il n’est pas dans mes intentions de défendre ce que certains ont pu appeler « l’émiettement communal » mais je pense qu’une rationalisation de la taille de l’échelon communal sera, à terme, un enjeu fondamental de la décentralisation française. Certes, des initiatives législatives ont déjà été réalisées et elles ne sont pas récentes (loi Marcellin notamment) sans parler de la question des communes nouvelles. Mais j’invite mes collègues (cadres territoriaux et élus) à engager une véritable réforme sur ce point car l’actualité notamment la crise de la Covid 19 a démontré, si cela est encore nécessaire, l’utilité de l’échelon communal et de la fonction de Maire. Ceux-ci sont apparus comme l’échelle républicaine optimale pour répondre au mieux aux impératifs de la crise sanitaire grâce à leur connaissance fine du territoire, de ses populations et des contraintes existantes et surtout leur possibilité d’action rapide et proportionnée. Certes fallait-il qu’il existe pour cela les ressources nécessaires au sein de chaque commune mais ces dernières ont fait preuve d’initiative et de créativité sans jamais s’exonérer de leurs responsabilités.


La rédaction

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