Grand entretien avec Isabelle SERAFINI

Isabelle SERAFINI est Directrice Générale des Services de la ville de Maing.



Pourquoi et comment s'engager dans votre métier ?


Je ne suis pas sûre d’être le bon exemple. Certains s’engagent par conviction afin d’y trouver l’épanouissement professionnel dont ils rêvent. Moi je suis entrée en territoriale par opportunité « géographique ». J’ai eu une autre carrière avant de devenir directrice générale des services.

En 1996, j’ai été lauréate du concours d’attaché d’administration et d’intendance des services déconcentrés de l’administration pénitentiaire et affectée au centre pénitentiaire de Maubeuge. A peine quelques mois après mon affectation, je me retrouve à gérer l’établissement avec le directeur, les autres cadre A ayant été mutés et non remplacés. L’année suivante, une sous-directrice est nommée, je peux souffler un peu mais pas trop longtemps. Le hasard fera qu’elle sera hospitalisée en même temps que le directeur et que je sois tout à coup seule à la tête du centre pénitentiaire. Cet épisode me vaudra l’attribution d’un témoignage officiel de satisfaction, distinction rendant hommage à mon dévouement.

En 1998, je deviens chef de cabinet du directeur régional des services pénitentiaires de Lille, fonction qui me conforte dans le fait que je suis une femme de terrain et non de « bureau » mais qui me permet d’acquérir de nombreuses compétences organisationnelles et rédactionnelles. Là encore, par le hasard d’une permanence de Noël 1999 et de la tempête Lothar, je suis contrainte d’organiser le transfert d’une partie du centre pénitentiaire de Château Thierry, le mur d’enceinte s’étant effondré. Nous serons trois femmes à gérer l’événement, Mme Maire-Line Hanicot, directrice de l’établissement, Mme Isabelle Carrière, directrice du centre de détention de Loos qui coordonne le service de transport des détenus, et moi-même, dans l’urgence et du mieux possible. La directrice de l’administration pénitentiaire me décernera une lettre de félicitations.

En 2000, après la naissance de mon fils, je suis mon ami affecté dans les Yvelines à la centrale de Poissy et prends le poste d’attachée à la maison d’arrêt de Bois d’Arcy. Même si je m’éclate dans mes fonctions et suis assistée de personnels auxquels je suis très attachée, le Nord me manque et je ressens malgré les récompenses qui m’ont été précédemment accordées ou peut-être justement à cause de tout ce que j’avais vécu auparavant comme une difficulté à trouver ma place. Dans la pénitentiaire, les personnels administratifs sont coincés entre le personnel de direction et le personnel de surveillance, dernière roue du carrosse, quantité négligeable. Je sens que j’ai besoin d’autre chose, de pouvoir gérer des projets dans leur ensemble, j’ai besoin d’espace, de plus de responsabilités… En 2003, je décide de regagner le Nord, d’abord mutée à la direction régionale, je sais que je ne pourrai pas me réaliser et, sur un coup de tête, je décide de tenter ma chance ailleurs, dans la territoriale. Je trouve trois postes vacants, deux dans la région lilloise et un dans le valenciennois. Je passe les entretiens d’embauche et ma candidature est retenue par la commune de Maing. Me voilà lancée dans l’inconnu.

Le budget de fonctionnement, je connais, ceux de Bois d’Arcy et de Maing sont d’un montant similaire, mais je ne gérais pas de budget d’investissement en prison. Je n’ai aucune connaissance de la M14. Les marchés publics, ça, au moins, je maîtrise. L’ampleur de la tâche, je vais la découvrir au jour le jour, sur le terrain... Je vais apprendre des personnels avec lesquels je vais collaborer, le percepteur va me former à la comptabilité communale, les élus vont me guider.

Alors que je n’avais passé que deux ans à Maubeuge, autant à Lille et trois ans et demi à Bois d’Arcy, cela fait bientôt dix-sept ans que j’occupe le poste de DGS de la commune de Maing. Jamais je n’aurais imaginer pouvoir rester aussi longtemps sur un poste sans m’ennuyer un instant. Etre DGS, c’est avoir de multiples patrons qui changent tous les six ans, ou presque (je travaille avec le même maire et certains élus depuis le départ). Etre DGS, c’est être toujours à l’affût de l’actualité juridique, des opportunités de financement, des nouvelles technologies et de toutes les innovations qui peuvent améliorer le service rendu aux habitants ou le fonctionnement des services. Etre DGS, c’est apprendre à être le garde-fou des élus et des personnels, savoir dire non et surtout savoir expliquer pourquoi c’est impossible. Je suis DGS 24h/24, 7 jours/7, j’aime la commune pour laquelle je travaille tant et si bien que j’y vis depuis 14 ans…

Pour être DGS ou tout simplement travailler dans une commune, il faut avoir un sens aigu du service public. Nous sommes au service de la population. Nous sommes en première ligne. Le premier confinement, nous ne l’avons pas vécu à la maison, il a fallu agir : mettre en place une permanence pour l’état civil, un service de courses pour les personnes isolées, réactiver le registre des personnes vulnérables, mettre en place de nouveaux moyens de communication, notamment un site dédié au COVID et une campagne d’affichage massive afin d’informer toute la population des mesures prises. Le second confinement, nous fonctionnons normalement. Nous nous sommes adaptés,

comme nous nous adaptons à toutes les mesures réglementaires qui ont jalonné et jalonnerons encore notre vie professionnelle.



Qu'est ce que l'engagement républicain pour vous ?


L’engagement républicain c’est une adhésion à des valeurs et à la devise : Liberté, Egalité, Fraternité. C’est traiter chaque maingeois de la même manière, quels que soient son statut social, sa religion, son origine, son orientation sexuelle. Je me souviens du premier mariage entre deux personnes du même sexe que le maire a célébré. Certains élus se rebellaient, refusant d’officier. L’engagement républicain, c’est suivre les lois de la République, c’est faire fi de son opinion personnelle. L’engagement républicain, dans ma vie professionnelle mais aussi dans ma vie privée c’est de faire en sorte de transmettre des valeurs de laïcité, de citoyenneté, de justice sociale, de lutte contre toutes les discriminations, de respect de soi-même et des autres et surtout de tolérance.



Qu'est ce qui vous passionne le plus ?


Mener des projets de A à Z : du moment où l’idée éclot dans la tête des élus, en passant par le montage des dossiers de financement, l’attente fébrile de leur acceptation, le suivi des chantiers, et enfin, le graal, découvrir le résultat. En dix sept ans, j’ai vu la ville changer de visage, se développer, s’embellir et ça, ça n’a pas de prix !

Faire beaucoup avec rien ! Quand on a un budget contraint, il faut avoir beaucoup d’idées et maîtriser le système D. C’est un challenge de tous les jours, et j’adore les défis.

Collaborer avec des personnes totalement investies dans leur travail : nous sommes une des plus petites communes à avoir décroché 5@ au label Villes Internet en 2017, 2018, 2019 et 2020 (2@ en 2014, 4@ en 2015 et 2016). Merci à Julien NEF, notre technicien informatique passionné, qui ne compte pas ses heures et fait des miracles avec un budget minimaliste.


Ce Magazine étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez vous un message à adresser ?


Ne jamais baisser les bras. Il n’y a pas de problème, uniquement des solutions. Croire en l’autre, savoir écouter et partager : seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.


La rédaction