Grand entretien avec Grégory GOBRON

Grégory GOBRON est 1er Maire adjoint à la ville de Ris-Orangis.

Pourquoi et comment s'engager dans votre fonction ?


D’un parti politique, d’un syndicat, d’une association sportive, culturelle, caritative ou citoyenne,… les élu.es sont toutes et tous des militants. C’est de cet engagement que naît très souvent, la volonté d’entrer en politique. Je refuse l’idée véhiculée par certains, selon laquelle il faudrait opposer les élus et les militants associatifs. Il est faux et dangereux de dire que ce seraient deux engeances opposées avec d’un côté les castes dominantes de nantis et de l’autre des bénévoles dévoués et travailleurs. Ce discours populiste, souvent porté par ceux qui perdent les élections ou n’osent pas se confronter au suffrage démocratique, tente de gommer la réalité du parcours des élu.es qui furent, sont et resteront militants. Bien entendu, d’autres raisons nourrissent la volonté d’entrer en politique et de solliciter la confiance des électeurs. Elles sont parfois plus intimes, personnelles, familiales. Le parcours professionnel de mes parents, tous deux fonctionnaires, l’éducation qu’ils m’ont donnés en me poussant à toujours mesurer les conséquences de mes actes et à agir avec bienveillance. Pour reprendre votre question, le mandat politique n’est pas un « métier ». C’est un travail. Il réclame de la constance, une construction idéologique claire et assumée mais également des sacrifices professionnels et personnels.


Qu'est-ce que l'engagement républicain pour vous ?


Centres urbains, banlieues, zones rurales ou insulaires, notre pays se caractérise par la diversité et la beauté, de ses territoires. Parfois moqués pour leur prétendu folklore, d’autres fois stigmatisés ou craints en raison de l’image que dressent d’eux une partie de la classe politique et des médias, ils sont une richesse, une singularité qu’il faut savoir respecter et protéger. Rien ne serait plus dangereux pour l’équilibre de notre République que d’opposer les Régions les unes aux autres, de contester l’existence des Départements ou d’affaiblir les Communes en leur retirant moyens financiers et pouvoirs réglementaires. Protéger et respecter nos territoires, c’est défendre la République et ses valeurs. Liberté, Égalité et Fraternité ; le triptyque est connu de tous. Nous le lisons chaque jour lorsque nous nous rendons à l’école, à la Maire, au Commissariat,… et pourtant, comme beaucoup de ces choses qui font notre quotidien, nous oublions de le voir. Nous en oublions le sens, la portée, l’importance. Il y a une responsabilité collective dans cette invisibilité des valeurs fondamentales de la République. Dans les familles, à l’école, nos assemblées délibérantes, nos syndicats,… nous avons la responsabilité de redonner sens à ces mots qui résonnent à travers le Monde. Il ne s’agit pas d’un élan de nostalgie ou d’une manière d’affirmer que « c’était mieux avant ». Cet état d’esprit est d’ailleurs tout sauf la France dont l’âme n’est pas figée. Elle est vivante, s’imprègne de son temps, bat au rythme de son époque. Elle est à la fois un « chez soi » et un « avec les autres », elle se vit individuellement et elle s’invente collectivement, elle se nourrit et s’enrichit de la différence.


Qu'est ce qui vous passionne le plus ?


Convaincu que la force de notre République tient en l’équilibre et au respect des ses territoires, je suis tout autant certain que nos banlieues portent en elles des ressources inestimables. C’est là que j’ai grandi, que j’ai suivi mes études et que je me suis construit. Mais être « un enfant de la banlieue » ne dit pas grand-chose de soi tant les profils, les parcours, les déterminismes socio-culturels sont nombreux, tant les banlieues sont différentes et inégales. Dans nos rues, nos RER, devant nos écoles et nos collèges, dans les équipements sportifs et culturels municipaux, se croisent des hommes et des femmes, des banlieusards qui, quelque soient leur parcours, partagent souvent bien plus qu’ils ne le pensent. Chaque jour, ils sont confrontés à des temps de transports abyssaux et aliénants, à un accès aux soins de plus en plus difficile, à un logement coûteux et difficile à trouver, à une inexorable disparition ou un affaiblissement des services publics nationaux (Police, Justice, CPAM, Poste,…), à des collèges, lycées et universités sous-dotés en moyens humains et matériels, à un urbanisme qui grignote les terres agricoles et oublie de valoriser les patrimoines naturels et historiques pourtant nombreux. Il faut toute la force, l’énergie et la détermination des élus municipaux pour corriger ces injustices. Corriger ces inégalités, mettre en œuvre un projet de développement économique innovant et refondateur, valoriser et se réapproprier nos nombreux espaces naturels (forêts, fleuve,…), développer des logements durables, agréables et accessibles, mais aussi et surtout garantir un parcours scolaire de grande qualité,… voilà le sens de mon engagement.


Ce journal étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez vous un message à adresser ?


Moqués, caricaturés il est parfois difficile d’être fonctionnaire. Ça l’est d’autant plus que ces critiques généralistes infondées émanent de responsables politiques de premier plan. Comme les élu.es, ils sont engagés pour la « chose commune ». Si nous voulons réussir, il nous faut donc travailler en confiance, en parfaite collaboration.Mais cette alliance, indispensable à la mise en œuvre de politiques publiques efficaces, ne peut se suffire à elle-même. Il faut largement associer les associations, les comités de quartier et celles et tous ceux qui font la ville. Je crois sincèrement que de cette confrontation permanente des idées naît une démocratie apaisée. « Qu’est-ce qu’une ville sinon les gens ? » interrogeait William-Shakespeare dans Coriolan. Si les intéressés n’ont pas ou ne prennent pas la parole pour dire, non pas seulement ce dont ils ont besoin, mais ce qu’ils souhaitent, ce qu’ils veulent, ce qu’ils désirent, tant qu’ils ne donneront pas un compte-rendu perpétuel de leur expérience de l’habitude aux élus, il nous manquera une donnée essentielle pour la résolution de nos problèmes.Être élu, c’est aller au-delà de ce qu’on est. C’est prendre en compte toutes les dimensions d’une réalité pour apporter la réponse la mieux adaptée y compris quand cette réponse contredit votre intuition. Aller au-delà de soi, c’est se nourrir de la richesse de l’autre.


La rédaction

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