Grand entretien avec Arnaud LE ROUX

Arnaud LE ROUX est Directeur Général des Services est Carnoux-en-Provence.


Pourquoi et comment devenir DGS ?


Pour paraphraser la célèbre formule d’Erasme : on ne naît pas DGS, on le devient ! Il n’existe pas de filière spécifique pour devenir DGS, même si les universités proposent des cursus qui préparent aux concours d’Attaché et à l’exercice des fonctions d’encadrement au sein des différentes fonctions publiques.

Mais au-delà des connaissances académiques et des compétences techniques, le DGS est d’abord attendu sur ses savoir-faire et son savoir-être. Il me semble que l’analyse du parcours professionnel, résumé dans un CV, est déterminante pour savoir si vous avez le profil de la fonction et pour convaincre un employeur territorial de vous recruter. Il faut aussi se poser les bonnes questions :

  • Quel est mon degré d’autonomie dans le travail ?

  • Est-ce que je possède une forte capacité d’analyse et de synthèse ?

  • Quelle est ma capacité de résistance à la pression (contraintes de délais, financière, etc.)?

  • Quel est mon « leadership » ? Suis-je capable de fédérer des équipes pluridisciplinaires et leur faire partager une vision commune ?

  • Dans quels domaines ai-je des lacunes (on ne peut pas être spécialiste en tout) et comment y remédier ?

La liste n’est pas exhaustive.

Avant de devenir DGS, j’ai été pendant quinze ans officier dans l’Armée de Terre où j’ai exercé diverses responsabilités dans le domaine administratif et financier. Un bilan de compétences réalisé avec Défense Mobilité, l’agence de reconversion des militaires, m’a permis de mettre en exergue les principaux points forts de mon profil professionnel. En consultant les fiches « métiers » de la fonction publique territoriale, je me suis vite rendu compte que les items figurant sur la fiche métier de DGS correspondaient bien à mon profil et à mes aspirations.

La suite est une histoire de confiance réciproque. Tout processus de recrutement est avant tout une rencontre entre un employeur et un candidat. Les raisons qui font que cela « marche » ou pas, sont diverses et variées. La nature même des rapports entre un DGS et son maire - on parle souvent de binôme - fait que le choix repose autant sur des critères subjectifs (compatibilité de caractères, vision partagée, facilité à communiquer, etc.) qu’objectifs (compétences, expériences).


Quant à la question du «pourquoi devenir DGS », elle renvoie aux spécificités du poste et à son positionnement. Sans en abuser, il est parfois pratique de recourir au vocabulaire militaire qui a l’avantage d’être clair et précis.

Le DGS est à la charnière de deux notions qui caractérisent toute organisation : la Stratégie et la Tactique.

Le niveau stratégique relève de la gouvernance territoriale incarnée par le Conseil Municipal et son exécutif à travers un projet politique. L’échelon tactique représente la mise en œuvre de ces choix stratégiques en combinant l’ensemble des moyens nécessaires (humains, matériels financiers). C’est le domaine du management.

Le DGS joue le rôle de « courroie de transmission « entre ces deux dynamiques, participant à la définition des axes stratégiques à travers son expertise « métiers », tout en sachant qu’il lui reviendra de tout mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés.

Si vous êtes à l’aise dans ces deux domaines (conception/réalisation), le métier de DGS vous apportera beaucoup de satisfactions.


Qu’est-ce que l’engagement républicain pour vous ?


Pour moi, l’engagement républicain renvoie à la notion de citoyenneté. Nos institutions nationales et locales ont besoin de femmes et d’hommes qui s’engagent au service de la collectivité, c’est-à-dire de tous sans distinction d’origine, de race ou de religion comme le rappelle l’article 1 de la Constitution de la V° République. Telle est la mission du fonctionnaire ; mission induisant un statut particulier qui impose des devoirs.

Au premier rang de ces devoirs, je placerai le respect du principe de neutralité qui garantit une équité de traitement entre tous les citoyens.

Dans un rapport remis au Président de la République à la suite des attentats de janvier 2015 (« la Nation française, un héritage en partage »), le président du Sénat – Gérard Larcher – disait sa conviction que « l’engagement républicain est indéfectiblement lié à la réaffirmation des repères de notre société et à la restauration de l’autorité et du sentiment national ».

Je souscris à cette thèse. Dans son territoire, chaque agent public représente à son niveau les institutions républicaines et incarne le lien entre celles-ci et les administrés.


Qu’est-ce qui vous passionne le plus ?


On dit souvent que le DGS est le chef d’orchestre de l’administration municipale. Ce rôle à lui seul est déjà passionnant.

Mais pour continuer à filer la métaphore, on devrait également ajouter que c’est aussi un « homme-orchestre », capable de jouer de plusieurs instruments à la fois. Dans les communes de taille modeste, le DGS ne se contente pas de « faire-faire ». Il est souvent sur le terrain, au contact des administrés et des agents, les manches retroussées. Dans certains domaines, il est parfois le seul « sachant » de la collectivité, ou bien le meilleur spécialiste (urbanisme, marchés publics, finances, état civil, etc.). Il n’a pas toujours le loisir de déléguer et doit tout mener de front, y compris quand les priorités se télescopent. Il lui serait parfois utile d’avoir le don d’ubiquité !

Pour être proactif, il cherche sans cesse à anticiper, donc à planifier. Ce travail – portant nécessaire – est régulièrement mis à mal par les réalités quotidiennes qui viennent bouleverser le bel agencement des tâches quantifiées et « priorisées ».

Il faut aimer être bousculé dans ses habitudes et se remettre en question quotidiennement pour s’épanouir sur ce poste. Le maréchal Lyautey disait que « la joie de l’âme réside dans l’action ». Le DGS est au cœur de l’action municipale.


La rédaction

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