Grand entretien avec Antoine Valprémit

Antoine Valprémit est Maire de Sacé et 1er Vice-Président de Mayenne Communauté, en charge de la stratégie du territoire.



Pourquoi et comment s'engager dans votre fonction ?


Mon engagement comme élu local fait écho à mon passé de bénévole associatif dans l’éducation populaire. A l’âge de 15 ans j’ai participé à des chantiers de jeunes volontaires, et des responsabilités m’ont été confiées progressivement. En 10 ans j’ai appris à encadrer des groupes, à recruter et former des animateurs, à monter et à financer des projets, et enfin à gérer une association nationale. Après ce cycle, il m’a paru naturel de « redonner » ce qui m’avait été transmis en m’engageant à mon tour au service des autres.

Installé avec ma compagne à Sacé en Mayenne (53), une commune rurale de 500 habitants, j’ai sollicité le Maire pour rejoindre son équipe en 2008 et j’ai été son adjoint. Puis j’ai repris le flambeau en 2014 comme Maire et également comme Vice-Président de Mayenne Communauté, avec la réalisation d’un SCOT et d’un PLUi sur 33 communes. Je viens d’être réélu Maire avec une équipe renouvelée, et je suis désormais le 1er Vice-Président de l’EPCI en charge de la stratégie territoriale.

C’est un engagement personnel et familial important, qui doit être partagé avec son conjoint et ses enfants (les miens ont 6 et 10 ans et sont en âge de comprendre ce que cela représente). Professionnellement, j’ai réussi à cumuler mon travail et ma fonction jusqu’en 2019, j’étais ingénieur commercial pour une grande imprimerie. J’ai quitté mon emploi après un bilan de compétences, et je mène une reconversion vers l’action publique en préparant le concours d’attaché territorial à la fin 2020.


Qu'est-ce que l'engagement républicain pour vous ?


Bien que les inégalités soient importantes - un fils d’ouvrier n’a pas les mêmes chances de réussir qu’un fils de cadre - j'estime que la République permet à chacun de s’accomplir et de réussir sa vie. Bien sûr il reste de grandes inégalités, mais nous sommes un pays démocratique, dans un Etat de droit, avec des « amortisseurs » sociaux importants. Regardez dans l’actualité toute récente : la Biélorussie est totalitaire, le Liban est miné par la corruption, et aux USA on doit s’endetter pour être soigné du Covid. Mes parents étaient ouvrier et secrétaire au début de leurs carrières, ils ont pu progresser en travaillant. Ils m’ont permis de faire des études et de me lancer dans la vie, je le fais à mon tour pour mes enfants. Je m’estime redevable de cet « ascenseur social » envers la société, et je le fais en consacrant une partie importante de mon temps à ces mandats électifs. Ça aurait pu être dans l’associatif, dans le bénévolat, j’estime que ce sont des engagements assez proches finalement, on est au service des autres et tout compte fait au service de la République.


Qu'est-ce qui vous passionne le plus ?


Tous les jours j’apprends quelque chose, tous les jours je transmet aux autres. Je m’en aperçois bien en préparant le concours d’attaché : je n’avais dans ma formation initiale aucune formation en droit public, et au fil des mandats j’ai finalement acquis énormément de connaissances. Et plus j’apprends, plus je maîtrise les sujets, plus je suis à l’aise pour les restituer aux autres et former à mon tour les nouveaux conseillers municipaux de mon équipe et les nouveaux élus intercommunaux. J’ai été très vigilant sur cette notion de transmission au moment de faire le PLUi de Mayenne Communauté : je ne connaissais pas particulièrement l’urbanisme, j’ai appris auprès des services et des cabinets et j’ai vulgarisé le sujet auprès des autres élus du territoire et des habitants. C’est pour cela que j’ai hérité dans ce nouveau mandat du projet de territoire et de la stratégie qui ira avec : attractivité, communication, transferts de compétences, etc.


Ce journal étant destiné aux élu(e)s et cadres territoriaux de France, avez-vous un message à adresser ?


Pour les élus et en particulier pour les maires, je leur dirai de ne pas se laisser atteindre par la sinistrose ambiante de ceux qui prétendent parler à notre place, que ce soit les médias ou les élus nationaux. Oui il y a parfois des usagers mécontents et agressifs, des difficultés administratives et parfois juridiques. Mais je suis toujours agréablement surpris par l’accueil des citoyens, leur gratitude quand on peut les aider, et finalement leur bienveillance. A Sacé les gens savent où j’habite, je suis dans l’annuaire, et pourtant il n’y a pas d’abus à toute heure, les gens respectent ma vie privée et ma famille. Quand on commence à trouver qu’il y a trop de désagréments à la fonction, il est temps d’arrêter et de passer la main.


Pour les cadres territoriaux, dont j’espère prochainement faire partie sur un autre territoire que celui où je suis élu, je suis reconnaissant et admiratif pour leur grande implication auprès de leurs collectivités et de leurs élus. On l’a bien vu avec le confinement, nulle part il n’y a eu de rupture du service public, les cadres et les agents ont assuré la continuité des crèches, des portages de repas, du ramassage des déchets, etc. Les services ont réussi à déployer le télétravail pour de nombreux agents, et ceux qui ne pouvaient pas occuper leur emploi se sont proposés spontanément pour donner un coup de main aux autres services. L’image d’Epinal du fonctionnaire « rond-de-cuir » ne s’applique définitivement pas à la territoriale !




Bio express


Né en 1975

De 1991 à 2003 : bénévole associatif dans l’éducation populaire et les chantiers de jeunes volontaires (associations Club du Vieux Manoir puis Concordia) : animateur, formateur, responsable régional, trésorier national.

2008 : premier mandat municipal à Sacé (53470), commune péri-urbaine de 500 habitants dont 40% de mineurs.

2014 : Maire de Sacé et Vice-Président de Mayenne Communauté en charge de l’aménagement du territoire.

2020 : réélu comme Maire, et 1er Vice-Président de Mayenne Communauté en charge de la stratégie territoriale.