Décryptage des enjeux et des actualités qui vont faire 2021

Gaël Sliman, président et cofondateur d'Odoxa


Quel est l’état de l’opinion aujourd’hui en France et que sera-t-il dans les mois et années à venir ?


En analysant les près de 150 études, confidentielles ou non, réalisées par Odoxa depuis le début de la crise sanitaire au mois de mars 2020, nous pouvons l’assurer, le « monde d’après » sera radicalement différent du monde d’avant le Covid.En réalité le choc exogène généré par l’épidémie n’a pas renversé les perceptions, il a accéléré une mutation profonde de notre société en termes de rapport aux choses, au monde et aux organisations… mais aussi d’attentes par rapport aux élites, aux gouvernants et aux entreprises.Les tendances de fond étaient déjà présentes, elles ont été amplifiées et accélérées par la crise sanitaire. Quelles sont ces grandes tendances ?La première tendance, présente depuis près d’une dizaine d’années dans les grandes démocraties est l’émergence d’une fracture profonde entre « gagnants » et « perdants » de la mondialisation. Partout dans le monde, une partie de plus en plus importante de la société se sent exclue du progrès et a le sentiment d’un déclassement qui provoque chez elle un vote « antisystème ». Trump aux Etats-Unis, le Brexit au Royaume-Uni, le Mouvement 5 étoiles en Italie, Jean-Luc Mélenchon et Marine le Pen en France en sont quelques exemples. La deuxième tendance lourde est celle d’un « désenchantement » du monde reposant à la fois sur la fin des idéologies voire des partis (le succès d’Emmanuel Macron en 2017 le préfigurait déjà) et l’ancrage d’un pessimisme profond sur l’avenir. La troisième tendance à l’œuvre est la victoire idéologique « Gramscienne » de « la France d’en bas » dans un domaine bien précis : le rejet, voire le discrédit total des élites et du pouvoir central, y compris au sein du « bloc » le plus élitaire.



A rebours de ces jugements négatifs/pessimistes, de nouvelles convictions positives s’affirment depuis ces dernières années et se sont trouvées renforcées par la crise sanitaire. Les Français font une confiance totale aux acteurs locaux, estimant qu’ils ont été « à la hauteur de la situation » durant la crise sanitaire alors qu’ils pensent que le gouvernement ne l’a pas étéIls sont aussi tous d’accord pour que l’on accorde désormais une place bien plus prééminente à la défense de l’environnement, au développement durable et à la RSE. Enfin, en termes de méthode, ils aspirent à un abandon des logiques « verticales » - les chefs qui décident pour la base sans la consulter – au profit de logiques beaucoup plus tournées vers l’écoute et le dialogue. Des Macronistes aux Gilets jaunes, l’idée du « chef » a cédé la place à celle de l’interaction et de la co-construction.


Concrètement, cela signifie que prendre des décisions à un niveau local, au plus près du « terrain » en consultant et même en coconstruisant avec ses administrés et, si possible, sur des sujets en lien avec l’environnement (développement durable, aménagement du territoire…) maximise les chances de succès du décideur.


C’est à la fois ce que nous avons mesuré dans le cadre de nos enquêtes nationales, mais c’est aussi ce que nous constatons dans le cadre de nos dispositifs à destination des collectivités.


Nos baromètres et observatoires de satisfaction des habitants ou des usagers demeurent des outils indispensables au pilotage de l’action des collectivités. Ils sont désormais utilement complétés de démarches de démocratie participative permettant aux administrés de s’impliquer dans la construction de l’action et de faire entendre leurs voix en rompant avec les logiques verticales génératrices de désaffection pour la vie publique.


Dans cette démarche, plutôt qu’un échantillon bâti avec des quotas, des milliers d’habitants/administrés/usagers sont consultés et recrutés pour participer à un dispositif leur permettant de devenir des coacteurs de la décision publique. Ces démarches génèrent un fort effet d’optimisme auprès des habitants qui deviennent des ambassadeurs des politiques publiques. On enregistre ainsi en moyenne une dizaine de points de satisfaction supplémentaire dans les collectivités ayant initié ce type d’initiatives.